This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project to make the world's books discoverable online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.
Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the publisher to a library and finally to y ou.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying.
We also ask that y ou:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web
at|http : //books . google . corn/
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression "appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
À propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse] ht tp : //books .google . corn
i
$B 1=^5 aôD
5- t
[Ti ly-dfW^
RÊESE LIBRARY
1
UNIVERSITY OF GALIFORNJA.
%,v,m/ JUN XQ IR93
z^'iccessions Nfl.^^^'^' -^7~^Oiis\ .vi-, -^
^
#^ /
y^'
^^jt
^
Digitized by
Digitized by VjOOQiC
Digitized by
Digitized by
Digitized by
LA
RÉFORME SOCIALE
EN FRANGE
I
Digitized by
L'auteur et les éditeurs déclarent se réserver leurs droits de reproduction à Tétranger. — Cet ouvrage a été déposé au minis- tère de l'intérieur (direction de la librairie) en avril 1878.
Digitized by ^
y Google
LA
RÉFORME SOCIALE
EN FRANCE
DÉDUITE
DE L'OBSERVATION COMPARÉE DES PEUPLES EUROPÉENS
PAR
M. F. LE PLAY
Ancien Sénateur, ancien Conseiller d'état , Inspecteur général des raines
Commissaire général aux Expositions universelles de Paris et de Londres
Auteur des Ouvriers européen».
SEPTIÈME ÉDITION, ElT TROIS TOMES
Je passai ma jeunesse à voyager... J'avais toujours an extrême désir d'apprendre à dis- tinguer le vrai d'avec le faux , pour voir clair en mes actions et marcher avec assu- rance en cette vie.
( DE8CABTE8 , DiacowTê de la Méthode.)
TOME PREMIER
LA RELIGION — LA PROPRIÉTÉ — LA FAMILLE
ALFRED MAME ET FILS, LIBRAIRES-ÉDITEURS
PARIS, DENTU, LIBRAIRE
PALAIS-ROTAL, 19, GALERIE d'ORLÉANS
1887
Tous droits réservent.
Digitized by
hn^^'-
^»k4r^-
Digitized by
r
AVIS AU LECTEUR
SUR CETTE SEPjyÈM.E ÉDITION
Tant qu'a vécu l'auteur de la Réforme sociale en France y il retouchait son œuvre chaque fois qu'elle était remise sous presse. Cette septième édition est la première qui voie le jour après sa mort. Aucune modification ne pouvait, ne devait plus être faite au texte arrêté par lui dans la sixième. On s'est donc borné à une réimpression de ce texte; seulement on a cru bon de revenir à la division de l'ouvrage en trois volumes ou tomes, division adoptée dans trois des éditions précédentes (3^, ¥ et 5«), et qui con- corde le mieux avec le plan général.
En ce qui concerne les faits sociaux décrits ou invoqués par l'auteur et les opinions qui s'y rappor- tent, le lecteur voudra donc bien se rappeler que le travail de F. Le Play, pour le présent ouvrage, n*a malheureusement pu dépasser l'année 1878.
Digitized by
AVERTISSEMENT
DE LA PREMIÈRE ÉDITION (1864)
Le moment est venu, pour la France, de substi- tuer aux luttes stériles, suscitées par les vices de Tancien régime et par l'erreur des révolutions, une entente féconde , fondée sur l'observation méthodique des faits sociaux. C'est sous l'influence de cette pen- sée que j'ai conçu, en 1848, le plan de cet ouvrage.
Après avoir étudié pendant trente ans, puis décrit, avec le concours de mes amis, dans deux ouvrages spéciaux^, la vie privée et les principales institutions des peuples européens, j'ai entrepris d'indiquer celles qui conviennent le mieux à mon pays. En renvoyant pour les détails à ces deux ouvrages, et en exposant sommairement les faits , j'ai pu faire entrer une ma- tière étendue dans un cadre relativement restreint. Cependant cet exposé dépasse encore les proportions
^ Les Ouvriei^s européens y 1»"^ édition, 1 vol. in-folio, 1855, et 2e édition, in -8°, en 6 tomes, 1877-1879; les Ouvriers des deux Mondes, ii-8o,-l'« série, 5 tomes, et 2® série en cours de publica- tion.
Digitized by
AVERTISSEMENT VII
qui conviennent à la plupart des lecteurs : j'ai donc classé les matières dans un ordre tel^ que chacun puisse trouver le sujet qui l'intéresse sans être obligé de parcourir Touvrage entier.
U Introduction oppose les faits diu\ •idées précon- çues : elle démontre à ceux qui désirent de nouvelles révolutions, comme à ceux qui repoussent toute ré- forme , que leurs opinions favorites sont loin d'être des axiomes; elle prouve, par conséquent, que nul n'est autorisé à condamner, sans examen, les opi- nions que justifie la Méthode d'observation.
La Conclusion offre un précis sommaire des con- ditions de la Réforme en iSB^ à ceux qui, s'inquié- tant peu de la Doctrine ou de la Méthode, veulent, avant tout, connaître les résultats qu'on en déduit.
Le corps de l'ouvrage expose les preuves de ces opinions et de ces résultats. Il forme sept chapitres, dont le sujet est indiqué par les titres : Religion, Propriété, Famille, Travail, Association, Rapports privés. Gouvernement.
L'ouvrage entier est subdivisé en soixante-huit pa- ragraphes désignés par autant de numéros d'ordre. Chacun d'eux peut être lu indépendamment des autres, et traite séparément l'une des questions es- sentielles à la réforme sociale. Cependant la plupart de ces questions ont entre elles une connexion in- time; et elles n'acquièrent la clarté désirable que lorsqu'on les rapproche des développements donnés dans un autre paragraphe. Quand ce cas se présente, j'offre au lecteur le moyen de combler la lacune.
Digitized by
vin àvirtissbmbnt
tout en évitant les répétitions mutiles : à cet effet, je reproduis entre parenthèses, à titre de renvoi, le numéro du paragraphe auquel il convient de se re- porter.
La Tabk des idées maîtresses placée â la suite de cet Avertissement indique le plan de Touvrage, si- gnale les faits qui y sont exposés et formule souvent les conclusions qui s'en déduisent. Le lecteur, en parcourant d'abord cette table , découvrira aisément quelque passage qui lui permettra de juger promp- tement l'ensemble de l'œuvre.
POST-SGRIPTUM DE 1867
Les amis inconnus, sur le concours desquels j*a- vais compté (8, V) en publiant la première édition, ne m'ont point fait défaut. Ils m'ont tout d'abord adressé par centaines leurs adhésions au plan de l'ouvrage et aux principes justifiés par une expé- rience personnelle. La plupart de ces personnes oc- cupent une situation éminente dans ces professions usuelles (32, II à IV), que je considère de plus en plus comme la véritable école de la science sociale (8, III). Je n'ai pas cru pouvoir mieux leur témoi- gner ma reconnaissance qu'en favorisant par le bas prix de l'ouvrage la propagande qu'elles veulent exercer.
Quelques personnes m'ont adressé des observa- tions judicieuses sur la forme de l'ouvrage, ou sur
Digitized by VjOOQIC
AVERTISSEMENT IX
certaines conclusions qu'elles croient justes, mais prématurées, j'ai fait, suivant leurs conseils, les corrections qui pouvaient donner plus de précision aux idées : j'ai, au contraire, maintenu les conclu- sions. Un auteur écrivant à titre privé, sous sa responsabilité personnelle, n'est pas tenu, comme l'homme d'État, de s'arrêter devant les résistances de l'opinion; il a même le devoir de réagir contre elles lorsqu'il croit être en possession de la vérité. Cette tâche, d'ailleurs, est plus facile aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1855, lorsque je publiai pour la première fois le précis des conclusions de la Ré- forme sociale (8, V); et, à cet égard, je dois re- mercier tous les organes de la presse, pour les sen- timents d'équité dont ils se sont inspirés en faisant la critique de mon ouvrage. Cette unanimité est, en France, un fait nouveau et un heureux symp- tôme : car la censure la plus nuisible est celle que Topinion égarée oppose à la propagation des idées utiles. La réforme, que nous n'avons pu accomplir depuis 1789, deviendra facile, si les partis qui nous divisent tolèrent enfin qu'un aut-eur s'écarte de leurs doctrines, et exprime librement sa pensée.
Plusieurs écrivains français ou étrangers ont bien voulu déclarer que cet ouvrage, modifié dans quel* ques détails accessoires, pourrait devenir le pro- gramme des pères de famille de tous les partis. Quel que soit le jugement définitif du public , je ne dois rien néghger pour arriver, de près ou de loin, à un but aussi désirable ; je prie donc les personnes
Digitized by
X AVERTISSEMENT
qui partageraient* l'avis de ces écrivains, de m'a- dresser le texte précis des corrections qu'elles pro- posent. Je soumettrai ce texte au système d'enquête qui m'a permis déjà de vérifier mes conclusions (8, I); je tiendrai compte du résultat dans une pro- chaine édition ; et , quand j'en aurai reçu l'autori- sation expresse, je citerai les auteurs de ces amen- dements.
POST-SCRIPTUM DE 1878
En France, parfois aussi à l'étranger, l'opinion publique méconnaît sur une multitude de points les vérités de la science sociale. En général, je ne réfute qu'une fois chaque erreur, mais j'y fais sou- vent allusion. Je me trouve donc obligé, pour ne point trop choquer mon lecteur, de me référer à cette réfutation par des renvois dont les signes sont indiqués ci-après dans xm^ observation préliminaire. Sur les demandes réitérées qui m'ont été faites, j'ai dû , dans la 5^ édition , indiquer plus précisément le passage de chaque ancien paragraphe auquel se rap- porte chaque renvoi. J'ai pourvu à cette demande en établissant de nouvelles subdivisions auxquelles s'appUque maintenant le nom de paragraphe. J'ai changé en conséquence le nom des anciennes divi- sions supérieures. En résumé, l'ouvrage comprend aujourd'hui : V Introduction, sept Livres et la Con- clusion, Ces trois parties sont encore divisées en
Digitized by
AVERTISSEMENT XI
soixante-huit Chapitres; mais ceux-ci, pour plus de clarté , ont été subdivisés en sept cent quarante-trois Paragraphes.
La révolution du 4 septembre 1870, les désastres^ de la guerre, le démembrement du territoire, et la révolte de Paris contre le légitime pouvoir de l'As- semblée nationale ont soumis à une terrible vérifi- cation cet ouvrage écrit en 1864, sous un régime qui ne m'offrait que les apparences de la prospérité, mais qui éblouissait tous les esprits. Ces catastro- ) phes ont mis en complète lumière les vices que j'ai signalés dans notre constitution sociale. Elles ont justifié le plan de réforme fondé sur l'évidence de ces vices; elles ont rallié beaucoup d'hommes éclai- rés à l'exécution de ce plan; enfin elles ont dimi- nué l'aveuglement des classes dirigeantes qui le re- poussaient. D'un autre côté, en désorganisant de nouveau la Souveraineté (67, XVI) et en confiant l'œuvre du salut à un pouvoir collectif dont l'im- puissance est attestée à la fois par nos révolutions et par celle des États-Unis d'Amérique (69, III), mes concitoyens ont accru les difficultés qui nous fai- saient obstacle en 1864. Ce fait nouveau a laissé in- tactes les anciennes conclusions de 1864; mais il a rendu nécessaire une conclusion supplémentaire ayant pour titre : Y Épilogue en 1878.
Digitized by
PRÉFACE
DE LA QUATRIÈME ÉDITION (1872)
Le succès croissant de la Réforme sociale m'im- pose l'obligation de compléter, par une Préface, l'Avertissement qui avait été joint aux trois pre- mières éditions. J'ai toujours cité , dans le cours de cet ouvrage, les personnes qui ont contribué à ce succès (8, V et 50, V). J*ai indiqué en première ligne celles qui doivent être nommées par excel- lence les Autorités sociales. Ces personnes ne m'ont pas seulement révélé pendant quarante années les pratiques et les doctrines qui auraient pu conjurer nos désastres : elles m'enseignent journellement le moyen de les réparer. J'ai donc le devoir de les si- gnaler, dès le début de cet écrit, à la gratitude et aux espérances des personnes qui, à mon exemple, voudront bien les consulter.
Les Autorités sociales sont établies dans toutes les contrées, et partout elles jouissent de l'estime pu- blique. Elles sont vouées princijfteilement à l'agricul- ture et aux autres arts usuels (32, II). Elles appar-
Digitized by
PREFACE XIII
tiennent à toutes les classes , aux paysans comme aux grands propriétaires. Toutes se reconnaissent à une aptitude saisissante : dans le cercle de leur influence, elles résolvent sûrement le grand problème qui con- siste à faire régner la paix publique sans le se- cours de la force. Pour atteindre ce but, elles em- ploient toutes les mêmes moyens : elles donnent le bon exemple à leur localité, en inspirant à leurs serviteurs , à leurs ouvriers et à leurs voisins le res- pect et TafiFection.
Quand elles agissent en toute liberté, elles cpéent des sociétés stables et prospères; mais quand elles sont paralysée^ par les gouvernants et les constitu- tions écrites, elles ne peuvent plus conjurer ni les révolutions ni là décadence. Les Autorités sociales opèrent, en effet, comme les grands réformateurs de tous les temps : elles ne manifestent guère la vérité que par leur pratique. Elles répondent à peu près uniformément à des questions spéciales bien posées; mais elles signalent en même temps l'impossibilité d'en déduire des préceptes généraux et des codes. Elles concluent toujours en disant qu'on gouverne les peuples par les Coutumes beaucoup plus que par les lois écrites.
J'ai aperçu ces vérités dès le début de mes voyages, et dès lors ma mission a été tracée. J'ai constamment parcouru les régions comprises entre les steppes de la Haute-Asie et les rivages de l'Atlantique , pour vi- siter les établissements des Autorités sociales : j'ai personnellement observé leur pratique; je leur ai
Digitized by
XIV PREFACE
posé les questions, et j'^ recueilli leurs réponses.
Je ne me dissimule pas qu'il y a une apparence de présomption dans Tœuvre qui a transformé ces réponses en un livre. J'ai, en effet, pendant mes voyages, constaté mille fois qu'il est impossible de peindre complètement par un texte des pratiques et des doctrines qui offrent une foule de nuances dé- licates. Mais j'ai compris en même temps, qu'il ne fallait pas m'arrêter devant cette difficulté. L'abus qu'on peut faire d'une vérité mal exprimée est moins dangereux que l'incessante application des erreurs qui nous sont imposées par la contrainte des lois, depuis la funeste époque de la TerreuV.
J'ai d'ailleurs constaté que les trois éditions pré- cédentes de la Réforme sociale ont en partie obvié à l'inconvénient que je pouvais redouter. Beaucoup d'esprits droits ont aperçu clairement les moyens de certitude; et ils ont été directement chercher la vé- rité aux sources mêmes où j'ai puisé (8, V). Éclai- rés par la pratique des Autorités sociales, ils ont compris comme moi que la réforme se trouvera, non dans de nouvelles lois écrites, mais dans l'abo- lition de celles qui empêchent le libre retour à la Coutume.
La pratique et la doctrine mises en lumière par ces travaux sont justifiées , non seulement par le suc- cès du présent ouvrage , mais aussi par l'adhésion expresse d'une foule d'hommes que je n'avais pas 'rencontrés dans le cours de mes voyages. Au moment où je publiais l'Avertissement de la troisième édition,
Digitized by
PRÉFACE XV
ces adhésions se comptaient par centaines; depuis nos dernières catastrophes , elles m'arrivent par mil- liers.
Ces communications m'apportent souvent la con- solation et Fespoir au milieu des maux actuels de la patrie. Les plus précieuses viennent des étrangers, qui sont loin de considérer nos désastres comme un gage de prospérité pour TEurope, ou même pour nos vainqueurs. Ces vraies Autorités sociales , guidées par rÉvangile , n'opposent encore qu'une faible digue aux ravages produits par les appétits déchaînés et par les abus de la force. Cependant elles sauveront l'Occident, si elles sont recherchées par l'Enquête (64, VI) et mises à leur vrai rang par l'opinion publique. Mes correspondants étrangers n'oublient pas que la France fut deux fois dans le passé* le modèle des nations. Ils sont convaincus que notre ruine com- plète serait pour toute l'Europe un malheur irré- parable. Ils s'intéressent à notre salut, et ils en ont donné la preuve en venant récemment distribuer de généreux secours à nos populations ruinées par la guerre. Ils nous rappellent amicalement les vérités que nous leur avons enseignées au temps de Condé, de saint Vincent de Paul et de Descartes. Ils espè- rent que la méthode de ce dernier, appliquée à l'examen de nos malheurs récents, guidera bientôt les hommes d'État, qui, loin de nous guérir, conti- nuent à nous refuser les vrais remèdes. Ils se per-
1 V Organisation du travati, §§ 14 et 16.
Digitized by VjOOQIC
XYI PREFACE
suadent qu'après de si dures épreuves nous ne per- sisterons pas dans le fol orgueil et dans les funestes erreurs qui nous ont perdus. Quelques-uns, plus confiants encore, se plaisent à nous indiquer les germes de réforme que fécondera rélasticité de l'es- prit français*.
J'ai d'abord entendu , avec un certain étonnement, cette expression qui s'applique rarement, chez nous, à Tordre immatériel. Cependant elle est fréquemment employée, dans le sens que je viens d'indiquer, par mes correspondants les plus perspicaces. Je la trouve notamment dans la pensée de neuf personnes qui ont vécu parmi nous , qui habitent des contrées fort éloi- gnées les unes des autres , qui appartiennent aux deux sexes et qui s'expriment en cinq langues différentes. Or, plus je réfléchis à cet accord singnHer, plus je m'assure qu'il se fonde sur une qualité qui nous distingue réellement des autres peuples.
Cette qualité , il est vrai , est fort affaiblie sous le poids., des erreurs qui s'accumulent parmi nous. L'abus ince^ant d'une dizaine de mots*, qu'on ne défiiÊt Bas, plonge nos esprits dans un état honteux d'inertiej^.Les orateurs de nos cinq cent mille caba- rets et le» '.journalistes qui les endoctrinent , exploi- tent à Taidc de ces mots les vagues aspirations des
î
1 Correspondances sur les Unions de la Paix sociale, n° 5; lettres de lord Danbigh , pair d'Angleterre , et de lord Robert Mon- tagu, membre de la Chambre des communes. (Notes de 1873.) = 2 Liberté, égalité, fraternité, démocratie, aristocratie, progrès, civilisation, science, esprit moderne, etc. (62, XI.)
Digitized by
PRÉFACE XYII
classes ignorantes, dégradées ou souffrantes. Le pre- mier venu acquiert ainsi le pouvoir de propager Ter- reur : il n'a plus, en effet, qu'à prononcer certains mots; et il n'est plus tenu de créer péniblement ces sophismes que J.-J. Rousseau, en présence d'esprits moins abusés , étayait avec art sur des raisonnements faux et des faits controuvés. Quant aux classes hon- nêtes et éclairées , elles tentent rarement de ramener ces mêmes mots à leur sens vrai, et l'emploi qu'elles en font vient encore aggraver le mal. L'intervention de quelques écrivains éminents suffirait pour discré- diter cette littérature révolutionnaire, et elle arrête- rait les gens de bien sur la pente dangereuse où ils glissent. Elle rendrait promptement à l'esprit fran- çais Taptitude sur laquelle nos amis se plaisent à compter.
Lorsqu'on nous aura débarrassés de cette phraséo- logie abrutissante, nous reprendrons possession de nos forces intellectuelles. Nous serons en mesure de procéder à d'autres réformes lion moins nécessaires. Nous combattrons surtout trois fléaux : le scepticisme prêché dans notre langue par les encyclopédistes avec la collaboration de Frédéric II et la faveur des souverains allemands (9, VIII)*; les honteuses er- reurs propagées par une littérature allemande con- temporaine*; enfin les habitudes de violence créées par les gouvernements de Louis XIV et de la Terreur.
* L'Organisation du travail, 5^ édition, § 17, note i&\ La Paix sociale, 2^ édition, chapitre ii, note B. =. 2 L'Organisation du travail, %Z9. /g]5£W%.
rNÎVEBSIîY
^-' . :roRN^^by Google
XVIII PREFACE
Pour accomplir ces trois réformes préalables , nous serons guidés par les conseils de nos propres Auto- rités sociales et de nos amis de l'étranger. Cet en- seignement , fondé sur Texpérience , ne m'a point été épargné depuis deux années, et je puis le résumer ici en termes sommaires.
Dans toute société prospère, chacun observe des devoirs de subordination fixés par la tradition du genre humain.^ I^e fils obéit au père , la femme au mari, le serviteur au maître, l'ouvrier au patron, le soldat à l'officier, le citoyen à l'autorité civile; tous d'ailleurs se soumettent aux prescriptions de la loi divine.
Les règles de l'obéissance, établies par la loi ou la Coutume, obligent absolument le subordonné, alors même que le Chef ne fait pas tout son- devoir. Dans tous les cas, la désobéissance est châtiée (28, IV).
Le respect dû au principe d'autorité ne permet pas de fixer par la loi*, avec la même précision, les cas dans lesquels on doit punir les chefs qui man- quent à leur devoir. C'est par ce motif que le supé- rieur qui abuse est plus coupable et plus dangereux pour l'ordre public^ que l'inférieur qui résiste. Le
* Joseph de Maistre , après avoir mentionné un acte qui , com- mis par des rois chrétiens, serait considéré comme abominable, ajoute : « Et cependant je doute qu'il fût possible de le leur dé- « fendre par uue loi fondamentale écrite , sans amener des maux « plus grands que ceux qu'on aurait voulu prévenir. » (Essai sur le principe générateur des constitutions politiques. Paris, 1814; 1 vol. in-8o, p. 6.) = * Un pêcheur, de famille patriarcale, de la
Digitized by
PRÉFACE XIX
premier, enorgueilli par le pouvoir, se dégrade plus aisément que le second, contenu par la loi pénale. Heureusement on peut, dans les bonnes constitutions, conjurer le mal par des moyens plus efficaces que les lois écrites. Le désordre que n'atteint pas la loi est réprimé, selon la Coutume, par la résistance morale des Autorités sociales, dans la vie publique comme dans la vie privée. Lorsque cette répression a fait défaut, lorsque les vices du souverain ont pu s'étaler cyniquement, avec la participation des classes diri- geantes, la décadence s'est toujours manifestée*.
Quand ce mal survient chez un grand peuple, le remède se trouve dans le renouvellement traditionnel plutôt que dans le changement brusque du pouvoir.
mer d'Azof , m'a exprimé cette opinion par Ténergique proverbe : Cest par la tête que pow^it le poisson. Les Autorités sociales se soumettent toujours aux pouvoirs civils ou religieux, lors même qu'ils sont indignes; mais elles souffrent beaucoup de cette indi- gnité, en ce qui touche le bon ordre du foyer et de l'atelier. 11 en a été autrement pour les écrivains tels que J. Balmès et J. de Maistre , qui ont le mieux démontré la nécessité de l'obéissance , mais qui n'ont eu à diriger ni une famille ni des ouvriers. Ces écrivains ont été peu exposés aux abus de l'autorité, et ils n'en ont guère indiqué les inconvénients. C'est par ce motif que leurs écrits m'ont fourni , sur la réfoime de mon pays , moins de lu- mières que la conversation des Autorités sociales.
* L'exemple le plus frappant de cette vérité est la partie de notre histoire comprise entre 1661 et 1715, entre le commencement et la fin du règne personnel de Louis XIV. On vit aloi's l'adultère érigé près du trône en institution publique , et les plus hautes familles vivre sous le même toit que les concubines et les bâtards légi- timés. Ces attentats contre la tradition chrétienne amenèrent bientôt leurs conséquences naturelles : jamais une société modèle ne fut plus rapidement remplacée par une société corrompue. {L'Organisation du travail, § 17, et Correspondance des Unions de la Paix sociale, n» 2, chap. i«?r.)
Digitized by
XX PREFACE
Dans ces circonstances , la patience des gouvernés fait plus pour la réforme que la révolte contre les gou- vernants. C'est ce que démontre l'ère de décadence inaugurée en 1661. Le siècle de corruptions royales qui a précédé 1789 a été moins funeste à la France que le siècle de révolutions populaires qui lui a suc- cédé. Revenue à ses institutions traditionnelles, la France soufirirait encore sous l'autorité de souve- rains qui oseraient de nouveau les violer. Toutefois, danè ce cas même, elle n'accumulerait pas, durant un nouveau siècle de mauvaises mœurs, la somme de hontes qu'une ville égarée lui a fait subir du 18 mars au 28 maijlÉ71.
Quand elle aura releyé la statue du Respect, quand elle se soumettra à la^ison, à la foi et à la Coutume, enfin quand" elle ofeéià à ses autorités légitimes, la France ne sera pas- swvée ; mais elle rentrera dans les voies du salut. Eljfe pourra dès lors restaurer les pratiques et les doctrines exposées dans le présent ouvrage, d'après l'Bxemple des Autorités sociales de tous les pays.
Digitized by
AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
SUR l'oeuvre de m. F. LE PLAY
(1872)
Au moment où nous éditons pour la première fois cet ouvrage, dans les conditions exceptionnelles ^ adoptées pour les autres écrits de M. Le Play, nous croyons utile d'indiquer les motifs qui nous attachent à l'œuvre, vraiment européenne, qu'il poursuit avec tant de labeur et de dévouemfet.
Dès le début de notre carrière commerciale , nous avons compris la nécessité de développer nos ate- liers dans les conditions qui pouvaient le mieux faire régner l'harmonie entre notre famille et celles qui lui sont attachées. Sous ce rapport, nous sommes restés soumis à certains usages qui tombent en dé- suétude dans beaucoup d'ateliers français ou étran- gers.
Or, en lisant les écrits de M. Le Play, nous fûmes tout d'abord frappés de deux traits principaux. En
1 L'Organisation du travail (Avertissement). L'Auteur et les Éditeurs se sont interdit tout prélèvement sur les ventes ; et ils se sont concertés pour les établir au moindre prix.
Digitized by
XXII AVERTISSEMENT DES EDITEURS
premier lieu , les Autorités sociales , dont l'auteur a recueilli avec tant de soin la pratique et la doctrine, ont conservé dans leur atelier toutes les coutumes qui ont eu, pour nous et pour nos ouvriers, les plus heureux résultats. Nous avons naturellement trouvé dans cette circonstance un motif d'attache- ment à notre tradition. En second lieu, ces mêmes Autorités gardent avec de grands avantages plusieurs autres coutumes qui n'auraient pas été moins bien- faisantes pour nous, si elles nous avaient été plus tôt connues. Ainsi, par exemple, nous constatons avec regret que les capitaux immobilisés dans la ville de Tours pour l'extension de nos ateliers, eussent produit dans la banlieue de meilleurs résultats pour nos ouvriers. Nous aurions pu, en effet, tout en leur assurant la même somme de salaires, les aider à conquérir les avantages matériels et moraux que donne partout la propriété du foyer domestique, lié à de petites dépendances rurales*. Nous avons dû conclure, de notre propre expérience, que la con- naissance de ces coutumes , pratiquées en partie par notre maison , serait fort utile à une foule de manu- facturiers qui les ignorent complètement et qui s'en- gagent, en conséquence, dans des voies fausses ou dangereuses.
Nous n'avons pas moins été frappés de l'accueil fait aux livres de M. Le Play. Ces livres n'offraient
' ^Organisation du travail, §§ 22 îi 24.
Digitized by VjOOQIC
AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS XXÏII
pas Tattrait de ramusement ou de la curiosité, le luxe des images ou les autres conditions habituelles des succès de librairie; ils ne s'aidaient même pas des ressources de la publicité. Ils pénétraient ce- pendant, avec un succès toujours croissant, parmi les classes éclairées, et spécialement parmi les per- sonnes qui nous sont unies par les liens de Tamitié.
L'accueil bienveillant fait à ces livres par les di- vers organes de la presse française a été pour nous un autre symptôme significatif. La pratique des Au- torités sociales préposées à la direction des arts usuels est fondée , en partie , sur les innovations ma- térielles que nos contemporains admirent; mais elle repose surtout sur la conservation des vérités mo- rales et des principes traditionnels qu'ils oublient de plus en plus. Or les livres de M. Le Play ont surtout pour but de décrire cette pratique : ils contrarient donc généralement le mouvement habituel de l'opi- nion. Dès lors la sympathie, ou tout au moins la tolérance de la presse, nous sont apparues comme les signes précurseurs d'une prochaine réforme.
Enfin nous avons beaucoup remarqué l'impression que ces mêmes livres ont produite hors de notre pays. A l'étranger, où l'on se méfie d'ordinaire de nos productions politiques, où l'on nous reproche les théories abstraites, arbitraires, déclamatoires et parfois perverses, les ouvrages de M. Le Play ont tout d'abord excité de l'étonnement et une sorte d'incrédulité. On semblait se demander si ce métho- dique et respectueux observateur des saines cou-
Digitized by
XXIV AVERTISSEMENT DBS EDITEURS
lûmes était bien du pays qui, un certain jour, a prétendu déraciner toutes ces coutumes et les jeter au vent.
Pour nous en tenir aux témoignages les plus ré- cents, un savant professeur de l'Université de Tubin- gen, M. le docteur Scha^ffle, dans un article de la Revue trimestrielle allemande, a exprimé ainsi sa surprise de ce qu'en ouvrant la Réforme sociale il n'y trouvait c pas des théories enfantines , mal digé- € rées , prétendant improviser le bonheur de l'hu- « manité, la transformation de la société..., des <r mots vides, des phrases brillantes..., un plan de « réforme bâclé en une heure jd, mais bien, tout au contraire , € le résultat mûri d'une foule d'études c de détail, fondées sur l'expérience et les faits, » aussi opposées « à l'esprit de réaction qu'à l'esprit € de révolution », M. Schœffïe, abordant les opi- nions propres aux Autorités sociales , a fait honneur à M. Le Play de la manière dont il expose leur doc- trine , de l'érudition abondante et sûre qu'il apporte à l'appui de ses propositions. Il se montre particu- lièrement touché de la partie relative à la famille. € Il est rare, dit-il en terminant, de rencontrer un « écrivain adonné aux questions sociales qui soit à f la fois le partisan de l'industrie et d'une religion f positive, l'adversaire de la phraséologie sceptique « et de la corruption intellectuelle , le défenseur des « forces morales, et enfin le partisan de la méthode « expérimentale dans la critique du matérialisme
Digitized by
AVERTISSEMENT DES EDITEURS XXY
€ moderne; il est plus rare encore de trouver un « auteur chez lequel ces sages principes soient le « résultat de trente années d'étude. i>
En Angleterre, la doctrine des Autorités sociales a reporté les esprits aux souvenirs du siècle der- nier. Les écrivains qui s'y sont occupés des œuvres de M. Le Play ont vu en lui un autre Montesquieu ve- nant leur expliquer encore une fois le sens de leurs institutions politiques. Aussi ne sont-ils pas frappés de ce que ses idées ont d'original au point de vue de la pensée française. Mais ce qui paraît avoir singu- lièrement excité leur attention, c'est un certain rap- prochement que leur ont fait faire les derniers mal- heurs de la France. A cet égard, un article très re- marquable a été publié dans le Saturday Review , du 3 juin 1871.
€ Devant le spectacle inouï que nous offre la na- « tion française, on se demande si quelqu'un a pu « prévoir et prédire l'étrange et triste chute de ce € grand peuple , tombant au moment où il semblait c jouir, dans l'ordre matériel, d'une prospérité « exceptionnelle. Nous ne parlons pas d'une de ces « prédictions habituelles aux moralistes et aux pré- € dicateurs; nous signalons un ouvrage rationnel et « sérieux où les causes de la chute soudaine d'une « des premières nations du monde, alors qu'elles « étaient encore dissimulées sous des apparences de « force et de succès , auraient été découvertes et dé- < montrées distinctement par un esprit calme et « pénétrant, que l'imagination ne guidait pas. Un
Digitized by
XXVÏ AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
« ouvrage qui répond à notre question , c'est la « Réforme sociale, publiée par M. Le Play dès <r 4864... i>
Après avoir fortement constaté le caractère et la valeur scientifique de M. Le Play, ses longs travaux, ses voyages, sa vie d'observation, les résultats puis- sants auxquel il est parvenu , l'écrivain anglais montre M. le Play tournant vers l'état de la France son esprit de comparaison et de critique, et il ajoute : € Cette longue étude de la société française le con- « duisit à condamner vivement la situation de son a pays; il exposa d'une manière claire et nette les <r motifs de cette condamnation , et il exprima pour d l'avenir les plus sérieuses inquiétudes. Appréciant « à leur juste valeur les théories abstraites et les « remèdes héroïques auxquels l'opinion, en France, « se confie volontiers , il ne pouvait espérer de gué- « rison que dans une réaction morale , énergique et « incessante. 3)
L'auteur de l'article revient ailleurs sur la même idée : a En 1864, dit- il , dans un moment de « grande prospérité, alors que personne ne son- « geait au danger, M. Le Play entreprit d'indiquer <r à ses concitoyens les périls auxquels la société (L française était exposée. Ces périls n'étaient pas « du genre de ceux sur lesquels les ennemis du « système impérial aimaient à s'appesantir... Les <r maux sur lesquels M. Le Play insistait sont ceux d qui attaquent les caractères et les idées ; ce sont <r les coutumes vicieuses gouvernant les classes éle-
Digitized by
AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS XXVII
€ vées aussi bien que les classes inférieures , perver- « tissant leur esprit, affaiblissant leurs facultés et « leurs forces. »
Et ailleurs : <!c Selon M. Le Play, aucun change- « ment de gouvernement, aucune violente révolution « ne peut délivrer la France des deux maux qui € TafQigent principalement, maux qui ne sauraient <r être guéris que par une amélioration lente, pro- <r fonde, continue, dans le caractère, les opinions € et les coutumes du corps social tout entier. 3>
Ailleurs encore : « M. Le Play ne pense pas que or ces maux puissent être attribués exclusivement à « certaines formes de gouvernement ou à des con- « stitutions défectueuses; il leur découvre d'autres « causes, plus profondes; et ces causes, presque « invisibles, mais puissantes et toujours agissantes, « il les constate et les signale à Taide des lumières <r que lui fournissent l'examen attentif des faits et € la comparaison de la société française avec les « conditions sociales et les usages d'autres nations. y> L'auteur de l'article énumère , à ce propos, quelques- unes des idées fausses dont M. Le Play voudrait guérir ses compatriotes : c'est tour à tour la confiance exa- gérée que l'on fonde sur les progrès des sciences et ceux de l'industrie; l'erreur où l'on est que de pa- reils progrès puissent tenir lieu d'un bon état moral, qu'ils puissent même survivre à la perte de la mo- ralité publique; c'est encore l'ignorance où l'on est, en France, des vraies traditions historiques du pays, Il signale plusieurs conséquences funestes de ces
Digitized by
XXVIII AVERTISSEMENT DBS ÉDITEURS
erreurs, notamment les chimériques entreprises de réaction contre des abus , des antagonismes de classes qui n'ont pas existé; Toubli ou l'abandon des prin- cipes et des institutions les plus salutaires, qui as- surent ailleurs le bien-être et la liberté des popula- tions.
Il faudrait reproduire tout l'article du Saturday Review, si Ton voulait donner l'idée complète des formes variées par lesquelles l'écrivain anglais exprime son étonnement de trouver en M. Le Play un auteur qui avait si sûrement analysé et averti la société française. L'article se termine ainsi : « Si nous avions <r étudié ce livre il y a sept ans, nous aurions sans « doute été frappés de la grande perspicacité dont « M. Le Play fait preuve en indiquant si clairement (T la plupart des plaies et des faiblesses de la France. (c Nous aurions compris, notamment, que les ma- d riages tardifs et stériles, le Partage forcé des <r héritages , l'éducation vicieuse de la jeunesse , les (T idées fausses sur le régime du travail, pouvaient, « à la longue, amener une catastrophe. Mais nous « aurions supposé qu'il n'avait pas suffisamment <r aperçu certaines influences qui, à son insu, fai- <r saient contre -poids et conservaient à la France sa <r force et sa vigueur, malgré les vices évidents de (c son état social*...
1 Ces lignes étaient sous presse quand le Saturday Review, du 23 décembre 1871 , publiait un nouvel éloge de l'œuvre entière de M. Le Play. L'écrivain anglais admire surtout le courage avec lequel l'Auteur combat les erreurs do ses concitoyens et rappelle ceux-ci à l'observation du Décalogue. Selon lui, M. le Play a été
Digitized by
àVBRTISSSMINT DBS ÉDITEURS XXIX
C'est en France où M. Le Play poursuit, depuis 1855, avec tant de mesure et de force, son cours d'hygiène sociale, que les impressions du public devraient être particulièrement étudiées. Malgré leurs défauts trop connus , les journaux n'ont pas manqué de donner des preuves d'intelligence et d'attention; et l'on pourrait citer plus d'un témoignage de cette clairvoyance , jadis si éveillée, qui n'a pas entière- ment abandonné la presse française. Mais, pour ne pas donner trop d'étendue à cet Avertissement, nous rappellerons seulement, ce qu'ont écrit sur l'œuvre de M. Le Play deux hommes bien diversement émi^- nents, M. Sainte-Beuve et M. de Montalembert.
Le grand et vif critique, l'esprit qui, des hau- teurs presque mystiques de Joseph Delorme, était arrivé aux négations froides du matérialisme mo- derne, Sainte-Beuve, a consacré à l'appréciation de la Réforme sociale, dès la première édition, en 1864, deux articles depuis insérés dans les Nouveaux Lundis (tome IX, p. 61-201). Sensible surtout à ce qu'il y a d'original et de fortement individuel dans le caractère de l'homme qui a su découvrir et pubUer la doctrine des Autorités sociales, M. Sainte- Beuve n'a relevé que certains traits de l'homme et
bien inspira en attribuant la décadence de son pays à la violation de la triple loi du respect dû « à Dieu , source de toute autorité ; « au Père, son délégué dans la famille; à la Ferame, lien d'a- « niQur entre tous les membres de la communauté ». L'écrivain conclut en recommandant l'étude des ouvrages de M. Le Play à « ceux qui ont charge du bien-être de l'Angleterre ».
Digitized by
XXX AVERTISSEMENT DES EDITEURS
de la doctrine, que les côtés par lesquels elle s'ap- proche ou s'écarte des procédés et des fins de la Révolution.
Et d'abord voici pour Thomme : « Esprit exact, « sévère, pénétrant, exigeant avec lui-même, il ne « négligea rien de ce qui pouvait perfectionner son € enseignement et faire avancer la science d'appli- € cation à laquelle il s'était voué. Au lieu de s'en « tenir aux livres et aux procédés en usage dans son € pays, il voyagea et le fit avec ordre, méthode, en « tenant note et registre de chaque observation, « sans rien laisser d'inexploré ou d'étudié à demi. « On prendra idée de la masse de notions précises « ainsi amassées par lui et passé ensuite au creuset , <r pour ainsi dire, de son rigoureux esprit, en sa- « chant que, depuis 1829 jusqu'en 1853, c'est-à-dire « pendant vingt-quatre ans, il fit un voyage de six « mois chaque année, et un voyage d'étude, non «. une tournée de plaisir. L'hiver à Paris, il faisait « son cours de métallurgie, et l'été venu, il par- <r tait pour aller vérifier sur les lieux les procédés « d'exploitation et d'élaboration en usage dans les « divers pays. A cette fin, il visita une fois le Dane- « mark, une fois la Suède et la Norvège, trois fois « la Russie, six fois l'Angleterre, deux fois l'Es- « pagne, trois fois l'Italie, une fois la Moravie, la « Hongrie, la Turquie d'Europe; il fit un grand <ï voyage dans la Garinthie, dans le Tyrol; il visita <s: ou traversa nombre de fois l'Allemagne : bref, € la Scandinavie exceptée, il a visité à peu près trois
Digitized by
AVERTISSEMENT DES EDITEURS XXXI
« fois, en moyenne, chaque partie de FEurope. Des « missions spéciales qui lui furent confiées par des € gouvernements, par des souverains ou par de « très puissants particuliers, le mirent à même de « faire des observations comparées, approfondies, « depuis la Belgique jusqu'aux confins de l'Europe <r et de l'Asie; pas une forge importante ne lui a « échappé; il a eu à en diriger lui-même; il a eu « dans les usines de l'Oural jusqu'à 45,000 individus « sous ses ordres, une véritable armée d'ouvriers. « L'un de ces hommes rares , chez qui la conscience « en tout est un besoin de première nécessité... j>
M. Sainte-Beuve quitte bientôt l'ingénieur et le métallurgiste pour étudier l'observateur de la vie morale et sociale, et ce qui frappe tout d'abord le sagace critique, c'est la donnée première sur la- quelle M. Le Play édifiera plus tard son Organisa- tion du travail. Cela se passe aux mines du Hartz, dans le Hanovre, et il n'échappe pas à M. Sainte- Beuve que cette honnête et forte condition « où l'ou- « vrier a la propriété de son habitation , où la mère « de famille n'est pas obligée d'aller travailler chez « les autres, où elle siège et trône, en quelque « sorte, au foyer domestique, où elle est souverai- c nement respectée, où les vertus naissent, s'en- « tretiennent, se graduent d'elles-mêmes autour « d'elle... 3>, que cette honnête et forte condition, assurée à l'ouvrier, par la Coutume, est le fait qui détermina légitimement la direction des recherches sociales de M. Le Play. De là les trente-six mono-
Digitized by
XXXII AVERTISSEMENT DES EDITEURS
graphies des Ouvriers européens, qui ont obtenu, en 185G, le prix de statistique à T Académie des sciences de Paris; de là les monographies des Ou- vriers des deux Mofides, continuées par la Société d'Économie sociale, sous la direction de M. Le Play. Ce fut cette constatation réitérée de la Coutume qui fit faire à l'auteur des Ouvriers européens cette prodigieuse découverte, à savoir, qu'en science so- ciale il n'y avait rien à inventer.
Mais si tout a été établi par la Coutume chez les peuples prospères, tout aussi dans notre société est à dégager de faits nouveaux qui, sans rien fonder eux-mêmes, ont tout interrompu, troublé ou per- verti. Comment restaurer dans notre pays , sans violence, par les seules forces de la raison, les lois naturelles à l'ordre européen? La réponse à cette grande et vitale question fut faite par la Réforme sociale, dont la première édition parut en 1864.
Devant cette œuvre, qui l'étonné plus qu'elle ne l'édifie, M. Sainte-Beuve s'écrie que M. Le Play est (r un Donald rajeuni , progressif et scientifique » , manière ingénieuse d'exprimer tout à la fois ce qu'il approuve et ce qui lui déplaît dans les idées de l'au- teur. Ce qui lui plaît, c'est la méthode, l'observa- tion , la sévère déduction des faits , l'esprit rigoureu- sement scientifique, puissamment' rationnel, et par là M. Le Play lui paraît moderne. Mais l'auteur lui paraît aussi, sans qu'il puisse le désapprouver, trop incliner par ses conclusions , si légitimes , si autori- sées qu'elles soient, vers les institutions du passé,
Digitized by
AVERTISSEMENT DSS EDITEURS XXXIII
de la féodalité et du moyen âge. M. Sainte-Beuve finit par se réconcilier avec lui-même, en laissant l'ar- tiste l'emporter en lui sur le soi-disant libre penseur. A propos du droit de tester, contre lequel il a tous les préjugés de Mirabeau et de la révolution , il loue M. Le Play pour avoir tenté de relever parmi nous la famille, l'autorité dans la famille, c la statue du Respect. :» Au sujet de la doctrine sur la tolérance, M. Sainte-Beuve, tout à fait gagné par les citations qu'il feit du livre de M. Le Play, admire sans ré- serve, et dit : ff Je ne sais pas de plus belle page c de moralité sociale à méditer. }>
M. de Montalembert est attiré par ce qui repousse M. Sainte-Beuve et tenu en méfiance par ce qui l'at- tire; ce sont les tendances vers le passé qui le pré- viennent favorablement; c'est la méthode scientifique d'observation qui le met en quelque suspicion. Ce qu'il faudrait à M. de Montalembert, c'est le pro- cédé des principes à priori, des affirmations dog- matiques, à la manière de Joseph de Maistre ou de Bonald; il a peur de ce qui rappelle l'allure des Locke , des Condillac et de ces maîtres de la «cience exacte, pour qui n'existent pas le monde des invi- sibles et la nature intime des choses , interiora ré- rum. Mais, comme il est avant tout préoccupé de politique, de droit, et que son esprit est familiarisé avec toutes ces choses du monde social, mieux que M. Sainte-Beuve il comprend dès l'abord la grande, la décisive importance de la découverte de cette
Digitized by
XXXIV AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
doctrine des Autorités sociales, attestant partout, dans TEurope chrétienne , l'existence d'un même droit coutumier, identique au fond sinon dans toutes ses formes. Il comprend qu'il y a là, dans cette doc- trine , une notion nécessaire , définitive , pour notre société égarée à la recherche de principes absolus, tournant dans la pratique contre eux-mêmes et sur- tout contre l'existence de tout ordre moral. Si des travaux personnels déjà engagés, puis une longue et douloureuse maladie, n'étaient pas venus arrêter M. de Montalembert , il est presque certain que la doctrine des Autorités sociales aurait eu en lui un de ces prosélytes à l'éloquence enflammée , à la pensée ingénieuse et forte qui assurent le succès des idées nouvelles. Qu'on en juge.
Le 10 octobre 1864, il écrit à M. A. Cochin : « Je lis le livre de Le Play, et j'en suis émer- « veillé... Il n'a pas paru de livre plus important <r et plus intéressant depuis le grand ouvrage de a: Tocqueville sur la démocratie; et Le Play a le « mérite d'avoir bien plus de courage que Tocque- <r ville, qui n'a jamais osé braver un préjugé puis- (n sanW.. Il faut que vous lui rendiez pleine jus- € tice, et que nous adoptions son livre comme <r notre programme, sans nous arrêter aux dissen- « timents de détail, qui pourront être assez nom- « breux. d
Plus d'une année se passe; de cruelles préoccu- pations viennent distraire M. de Montalembert. Tou- tefois, dès le Sjanvier 1866, une lettre de la Roche-
Digitized by
AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS XXXV
eii-Iirény nous le montre reprenant l'étude de Tœuvre de M. Le Play :
« Sachez , ]s> écrit-il à un ami , « que je vis depuis € plus d'un mois en communication intime avec « Le Play. En revenant de mon voyage en Espagne, « je me suis mis à relire la Réforme sociale.,. Au- o: jourd'hui je la lis, je l'annote, je m'en imbibe « goutte à goutte, à raison de quatre pages par « jour; je suis arrivé ainsi à la fin du premier vo- « lume, où j'ose croire que rien ne m'a échappé; « et, cette lecture achevée, je n'hésite pas à dire « que ^ Le Play a fait le livre le plus original , le <r plus utile, le plus courageux et, sous tous les « rapports, le plus fort de ce siècle. Il a, non pas « plus d'éloquence que l'illustre Tocqueville, mais € beaucoup plus de perspicacité pratique et surtout « de courage moral. Oui, ce que j'admire surtout « en lui , c'est le courage qui lui a permis de « lutter à visage découvert contre la plupart des « préjugés dominants de son temps et de son pays , « comme il l'a fait très spécialement dans son excel- <r lent chapitre sur l'enseignement, et partout où « il confesse si nettement la chute originelle de « l'homme , cette doctrine qui répugne si profon- « dément à l'orgueil servile de nos contemporains. « C'est par là, encore plus que par sa prodigieuse « science des faits et son rare talent d'exposition, « c'est par la noble indépendance de son esprit et « de son cœur, qu'il sera vraiment grand dans « l'histoire intellectuelle du xix^ siècle. j>
XXXVI AYERTISSEMENT DIS ÉDITEURS
Nous arrêtons là ces citations, témoignages de rintelligence de notre temps pour l'œuvre à coup sûr la plus utile qui ait pu survenir en notre pays après tant d'erreurs et de désastres. Edmond Burke, Joseph de Maistre et Bonald nous avaient avertis; mais ils ont été des protestations plus que des en- seignements. Pour que nos esprits fussent convain- cus, il fallait qu'un homme, sorti lui-même du mouvement et des travaux modernes, se levât et fît entendre, non pas le langage d'un dogmatisme hau- tain, mais les simples et sévères leçons de l'expé- rience , interrogée , méthodiquement étudiée dans les faits. C'est ainsi que M. Le Play a pu dire, avec plus de raison encore que de modestie, qu'il a pro- duit non ses propres idées, mais bien la doctrine des Autorités sociales , c'est-à-dire des notabilités qui conservent autour d'elles la paix publique^ fondée sur le travail, le respect et l'affection. Ce qui, dans cet enseignement, appartient en propre à M. Le Play, c'est le soin extraordinaire, l'ardeur constante, le courage intrépide , qu'il a su mettre à le développer progressivement au milieu d'une société où se dres- sent contre lui les préjugés, les habitudes d'esprit, les Intérêts de certaines classes et de certains partis dominants. C'est ainsi qu'il a exposé successivement, dans les Ouvriers européens, la constatation des faits sociaux, et déjà les premiers linéaments des conclu- sions à tirer des faits; dans la Mé forme sociale , l'en- semble des déductions à tirer des faits observés, com- prenant toutes les conditions nécessaires dé Tordre
Digitized by
AVERTISSEMENT DES EDITEURS XXXVH
moral, politique, économique et civil; dans V Orga- nisation du travail, l'application de la doctrine des Autorités sociales au grand problème économique, qui était resté insoluble, dans les termes où la Ré- volution Ta posé; dans Y Organisation de la famille, les lois salutaires de Tatelier se complétant elles- mêmes et s'affermissant par le seul régime où la famille puisse réunir toutes les garanties qui font d'elle, dans le corps social, la source imminente de la moralité, de l'autorité, de l'activité prospère et libre. Il restait peut-être encore à trouver, pour cette œuvre, une forme élémentaire qui permît de la vulgariser, si scientifique qu'elle soit; c'était là une tâche qui devait tenter le prosélytisme d'un disciple intelligent; mais l'infatigable dévouement de l'auteur a déjà pris les devants, et c'est lui qui a commencé, dans la Paix sociale, à exposer la doctrine déduite des principes.
Maintenant , est-il nécessaire d'ajouter que les ruines de la patrie doivent être relevées; que cette reconstruction est urgente; qu'elle s'impose à nous comme une suprême nécessité; que les matériaux du nouvel édifice ne sont pas dans ces maximes et ces pratiques qui, depuis plus de quatre-vingts ans, dégradent notre patrie; qu'ils sont seulement dans la loi morale où les nations européennes, pour qui nous sommes désormais un scandale, ont trouvé jusqu'ici la prospérité; que ces salutaires doctrines de l'expérience, recueillies par M. Le Play, repro-
BiFORMB SOCIALE. I — B
Digitized by VjOOQIC
XXXYIII AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
duites par lui sous les formes les plus diverses, doivent être propagées par les gens de bien de toute origine et de toute condition?
Les revers de la patrie obligent chaque citoyen à s'associer, autant qu'il dépend de lui, à cette œuvre de salut. Pour notre part, nous ne croyons pas pou- voir faire mieux que d'offrir au public une édition complète des ouvrages de notre bien-aimé maître. Puissent les libraires français et étrangers, et tous les organes de la publicité , seconder une entre- prise qui, au milieu des erreurs dominantes et des passions déchaînées , intéresse l'Occident tout entier !
Nota. Un catalogue des ouvrages que M. F. Le Play réunissait sous le nom de Bibliothèque de la Paix sociale se trouve à la fin du tome III; le consulter au sujet des citations placées en note au bas des pages dans tout le cours du présent ouvrage.
Digitized by
OBSERVATION PRÉLIMINAIRE
SUR
LES RENVOIS INTERCALÉS DANS LE TEXTE
Les questions complexes qui se rattachent à la Béforme sociale ont été exposées sur le plan qui a paru le plus mé- thodique. L'ordre adopté ne saurait convenir aux dispo- sitions d'esprit de tous les lecteurs. En conséquence, on a signalé par de fréquents renvois entre parenthèses la connexion qui existe entre certaines idées que le plan a classées dans des chapitres différents.
Tous les lecteurs n'ont pas a faire usage de ces renvois.
Ceux qui lisent l'ouvrage du commencement à la fin ne
doivent pas s'interrompre pour retrouver en arrière un
détail déjà connu, ou pour chercher en avant une eiplication
prématurée.
Au contraire, ceux qui ne s'occupent que du sujet traité dans un Chapitre peuvent se reporter avec profit aux divers aspectsdu même sujet, présentésdans d'autres subdivisions. Les passages que ces derniers lecteurs peuvent consulter au hemin sont signalés par les renvois.
Digitized by
SUBDIVISIONS DE L'OUVRAGE
ET SIGNES QUI Y RENVOIENT
Les 69 chapitres, désignés par la suite des chiffres 1 à 69, se subdivisent en paragraphes , numérotés en chiffres romains. Les Pièces qui forment les documents annexés sont placées sous les chiffres I et suivants.
Dans toutes les parties de Touvrage, les notes corres- pondant à chaque page sont indiquées par une suite de nombres commençant par Tunité.
Contrairement à Tusage habituel , on a désigné les Cha- pitres par Tunique série de chiffres 1 à 69, bien que ces Chapitres soient répartis entre Tlntroduction , la Conclu- sion et sept Livres. Ce système offre un avantage : il per- met de réduire à deux chiffres la mention de tous les pas- sages , dans la table des matières et dans les renvois.
Les chiffres et les lettres , intercalés entre parenthèses dans le texte , signalent les rapprochements qui peuvent être faits d'une subdivision à Tautre. Ainsi , par exemple :
(5) renvoie au 5« Chapitre.
(14, IV) — au IV° paragraphe du 14« Chapitre. (VI) — au VI® paragraphe du Chapitre où le
renvoi est placé.
Digitized by
INDEX DES MOTS
EMPLOYÉS AVEC UN SENS SPÉCIAL
Absentéisme. — Habitude yi- cieuse du Propriétaire foncier qui ne réside pas sur l'Atelier de tra- vail où il puise ses moyens d'exi- stence. 34, XXL
Abus des mots. — Forme de Corruption qui propage l'Erreur, même sans fapparence d'une dé- monstration , par le seul énoncé d'un mot détourné de son sens traditionnel. 62, XL
Age mur (l') et la yibillessb, préposés à la sarde du Bien , au sein des Sociétés modèles. 27, IV et IX.
Alliance des travaux de l'a- telier ET DES IimUSTRIES DOMES- TIQUES. — La troisième pratique de la Coutume des ateliers. 50 , VIIL
Antagonisme social. — Senti- ments habituels dans l'état de Souffrance; se révèlent par les débats entre les Maîtres et les Serviteurs. 1, III et 62, L
Aristocratie. — Portion de l'autorité publique, interposée entre le gouvernement commu- nal du peuple et le gouverne- ment central du monarque. Elle est exercée par les sages que dé- signent soit la nature des rap- ports sociaux, soit le choix au monarque ou du peuple. 67, XVI.
Arts libéraux. — Professions relatives au Gouvernement, à la religion, à la justice , à la guerre, à la médecine , à la culture ou à l'enseignement des facultés de l'ordre inmiatériel, et en général aux travaux ayant pour objet principal les besoins moraux. 32, V à VIL
Arts usuels.— Professions ayant pour objet la production, ou l'ex- traction, les llaborations succes- sives , le transport , la garde et la vente des objets matériels. 32, II à IV.
Ateuer de travail. — Lieu où s'exécutent les opérations carac- téristiques de chaque profession usuelle ou libérale. 31 , IL
Autorités publiques. — Per- sonnes ayant charge de la Paix sociale dans les trois subdivisions du Gouvernement. 40, XIV; 53, I; 63, XXI; 67, IX.
Autorités sociales. — Indivi- dus , qui sont les modèles de la vie privée; qui montrent une grande tendance vers le Bien, chez toutes les races, dans toutes les conditions et sous tous les ré- gimes sociaux ; qui, par l'exemple de leurs Foyers et de leurs Ate- liers , comme par la scrupuleuse pratique de la Loi de Dieu et des Coutumes de la Paix sociale, con- quièrent l'affection et le respect
Digitized by
XLII
INDEX DES MOTS
de tous ceux qui les entourent. «4, VI.
B
Bien (le). — Ensemble des actes et des doctrines conformes à la Loi de Dieu ou aux Cou- tumes de la Paix sociale. 64, IX etX.
BoRDiBRs. — Le meilleur type de l'Ouvrier rural. Familles fé- condes ; attachées en permanence à un grand Propriétaire rural, réunissant les caractères du sa- larié et du tenancier ; aptes à re- cruter par leurs meilleurs reje- tons, sous le patronage du Maître, les Classes supérieures de la So- ciété. 34, XIX.
Bureaucratie. — Organisation vicieuse de Gouvernement , con- férant la réalité du pouvoir à des agents qui n'offrent point aux Gouvernes les garanties de la responsabilité personnelle. 63, 1.
Chasse.— L'un des trois moyens d'existence des Sauvages. Son rôle s'efface chez les Sédentaires à mesure que s'accroît la surface défrichée. 31, 1.
Citoyens communaux.— Individus qui interviennent dans le gouver- nement de la commune. Chez les Sociétés modèles, ils remplissent la double condition de payer leur part des taxes locales , d'être at- tachés à la Commune par la pos- session ou l'occupation perma- nente de la propriété foncière. 64, II; 58, III; 65, XXIII.
Civilisation.— État d'un peuple qui s'agglomère sur un territoire en le défrichant. Ce changement est funeste s'il y a seulement progrès dans la Richesse, la Cul- ture intellectuelle et la Puissance. Il peut être bienfaisant s'il y a un progrès équivalent dont le res- '
pect accordé au Décalogue et aux Coutumes de la Paix sociale.
Classe dirigeante . — Ensemble de personnes qui , par leurs doc- trines ou leurs actes, donnent l'impulsion à une Société. Cette direction est surtout imprimée aux races de Sédentaires : chez les peuples modèles , par les Pro- priétaires ruraux; chez les peu- ples corrompus, par les Lettrés. 50, XVH; 51, XIII.
Classe inférieure.— Ensemble des personnes qui emploient ex- clusivement dans leur propre in- térêt, ou dans celui de leurs fa- milles, le temps et les ressources dont elles disposent. 50, XVII.
Classe supérieure.— Ensemble des personnes qui emploient sur- tout leur temps et leurs ressour- ces dans l'intérêt de la Classe in- férieure et du public. 50 , XVII.
Classes sociales. — Groupes de familles entre lesquelles une distinction est établie par les In- stitutions et les Mœurs. 48, IV: 50, XVII.
Coaction gouvernementale. — Caractère distinctif du gouverne- ment des races réputées con- traintes et souffrantes, chez les- quelles les Institutions confèrent surtout aux pouvoirs publics le devoir de garder l'ordre moral. 8, XI.
Coaction paternelle. — Carac- tère distinctif des races réputées libres etprospères,chez lesquelles les Institutions et les Mœurs con- fèrent surtout aux pères de fa- mille le devoir de garder l'ordre moral. 8, XI.
Communautés. — Associations dont les membres exercent en commun, en tout ou en partie, les industries agricoles, manu- facturières ou commerciales, et en général les travaux ayant le gain pour objet. 41, 1 à III; 45.
Communs. — Circonscription
Digitized by
INDEX DES MOTS
XLIU
territoriale, formant le premier degré du Gouvernement local. Les familles attachées au sol s'y concertent en vue de pourvoir a certains besoins de la Vie pu- blique. En Europe, dans les cam- pagnes, elle se confond habituel- lement avec la circonscription de la Paroisse; dans les agglo- mérations urbaines, elle com- prend habituellement plusieurs Paroisses. 65, I à XXXVII.
Conservation forcée. — L'un des trois régimes de succession, dans lequelle Foyer et l'Atelier de famille se transmettent inté- gralement, indépendamment de la volonté du Propriétaire. 18, III.
Constitution socialb. — Ordre établi dans toutes les branches d'activité d'une race d'hommes, par la nature des lieux ^ par les Coutumes et les Lois écrites, par les Mœurs et les idées domi- nantes. 52, VI.
Contrainte (régime de). — Nommé plus convenablement
GOACTION GOUVERNEMENTALE. 8 ,
XI.
Corporations. — Association dont les membres se livrent en commun à des travaux où l'in- térêt intellectuel et moral domine l'intérêt matériel et financier. <1, ni; 46.
Corruption. — État d'une So- ciété où la Classe dirigeante a abandonné la pratique de la Loi de Dieu et la tradition des So- ciétés modèles, ou en d'autres termes les Coutumes de la Paix sociale. 1, II; 53, IL
Coutume. — Ensemble des ha- bitudes traditionnelles : qui con- stituent les fondements de l'exi- stence matérielle et de la vie morale d'une Société ; que les in- dividus doivent pratiquer, comme les Lois écrites, sous peine d'y être contraints par la Force publique. 52, IIL
Coutume des ateliers. — En- semble des six pratiques qui, chez toutes les races, conservent l'affection réciproque entre le Pa- tron et les Ouvriers, en conjurant toute éclosion de l'Antagonisme social. 50 , V. — Voir : Perma- nence des Engagements ; Entente complète touchant le Salaire ; Al- liance des travaux de l'Atelier et des industries domestiques ; habitudes d*ËPAR6NE; Union in- dissoluble de la famille et du Foyer ; respect de la Femme.
Coutumes de la Paix socule.
— Ensemble des Idées domi- nantes , des Mœurs et des Insti- tutions qui permettent aux loca- lités de conserver l'ordre public, sans le concours habituel d^une force armée. 8, VII et Vin.
Croyances religieuses. — L'un des symptômes de la Prospérité. 9, L
Cueillette. — L'un des trois moyens d'existence des Sauvages, dont le rêle se restreint^ chez les Sédentaires , par le défrichement du sol. 31, I.
Culture intellectuelle (la).
— L'un des charmes, et l'un des trois écueils de la prospérité. 2 , n; 9, VUI; 62, V; 64, IL
Décadence. — État d'une So- ciété où se propage la Corruption. Elle a généralement pour cause l'abus de la Richesse, de la Cul- ture intellectuelle et de la Puis- sance développées , à une époque antérieure, par la pratique de la Loi de Dieu et les Coutumes de la Paix sociale. 31, VI; 53, n; 62, V.
Décadence fatale. — Erreur qui consiste à croire que chaque race d'hommes, après avoir ac- quis un maximum de Prospérité, est, par la force même des choses
Digitized by
XLIV
INDEX BBS MOTS
et nonobstant tout effort, con- damnée à déchoir ou à périr. 4,
n.
Dégalogde éternel. — Réunion des dix préceptes de la Loi su-
Srème : oui , selon la croyance es peuples prospères, ont été révélés par Dieu au premier homme ; dont la pratique ou Fa- bandoo a toujours entraîné, pour les Sociétés, la Prospérité ou la Souffrance. 3, III; 47, XII; 62, 1.
Déclaration des droits. — Les deux documents révolutionnaires, auxquels on se réfère habituel- lement au sujet des prétendus principes- de 1789. 64, III.
DÉMOCRAtifi. — Organisation de l'autorité publique dans une pe- tite Société, où les familles sont assez rapprochées et assez sou- mises à la Loi de Dieu, pour que le peuple assemblé puisse , tout en gardant la paix , régler sou- verainement ses intérêts com- muns. Dans les Sociétés plus étendues, cette organisation se réduit nécessairement à la ges- tion des intérêts spéciaux de chaque Paroisse ou de chaque Commune. 67, XVI.
Dieu. — L'Être suprême, que tous les peuples prospères ont considéré comme leur vrai sou- verain. Selon cette croyance, il a créé le ciel et la terre ; ïl a élevé l'homme au-dessus des autres êtres de la création-, en lui don- nant le libre arbitre ; et il a ré- glé l'usage de la liberté en révé- lant au premier homme le Déca- logue étemel. 9, 1 et V.
Domaine aggloméré, avec Foyer central. — Le meilleur type d A- telier rural. 34, VI.
Domaine morcelé. — Le plus mauvais type d'Atelier ruraL — Voir Village à banlieue morcelée.
Domestiques. — Personnes spé- cialement attachées au service des Foyers. 29, VL
DRorr DBS gbns. — Coutumes et Lois écrites suggérées par l'ap- plication de la Loi de Dieu aux rapports mutuels des nations. 51, Via IX; 67, XletXXlL
E
Éducation. — Partie de l'Ins- truction puisée par chacun dans la pratique de la vie, l'exercice de la profession et l'observation des faits sociaux. 32, II et III; 47, III.
Égalité. — Mot dont le sens légitime est fixé par la Loi de Dieu et les Coutumes de la Paix sociale, mais dont on abuse pour masquer la loi d'Inégalité, éta- blie par Dieu , démontrée par la plus simple observation des lois de la nature, développée par l'u- sage du libre arbitre, indispen- sable au bon ordre des Sociétés. 48, II et XIII ; 62, XI.
Émigration.— Coutume propre aux races fécondes (jui habitent un territoire complètement dé- friché. Elle attire dans les pays étrangers où la population man- que, et dans les colonies où le sol reste inculte, les individus oui ne peuvent s'établir convenable- ment au lieu natal. L'Émigration est permanente, quand elle a lieu saris retour ; momentanée, quand l'émigrant revient se fixer au pays natal avec une fortune faite ; périodique , quand l'émi- grant revient chaque année, après avoir accompli au loin cer- tains travaux temporaires. 30, 111; 39, VL
Enfance (l') et la jeunesse. — Considérées, dans les Sociétés mo- dèles, comme les agents naturels du ■ Mal et comme l'objet d'une continuelle correction. 28 , III et IV; 64, m.
Engagements (les trois sortes d') entre les Patrons et les Ou- vriers. — Ils correspondent à trois sortes de Constitutions , se-
Digitized by
INDEX DES MOTS
XLV
Ion qu'ils sont vsiuiAifKifTS for- cés, PERMANENTS VOLONTAIRES, es- sentiellement MOMENTANÉS. 50, Y.
Engagements (permanence des).
— La première pratique de la Coutume des ateliers. 33, V; 50, VI.
Enquêtes ( méthode des ) . — Le vrai moyen de Réforme, consis- tant à rechercher, par une étude directe, la Gîoutume nationale des temps de Prospérité , ou la pra- tique actuelle des Sociétés mo- dàes. 64, VI et VIL
Enseignement scolaire .—Partie de l'Instruction, donné par la doctrine et la pratique des écoles. 47, III.
Entente complète touchant le SALAIRE. — La seconde jpratique de la Coutume des ateliers. 50 , XII.
Epargne (habitudes d'), assu- rant la dignité de la famille et rétablissement de ses rejetons.
— La quatrième pratique de la Coutume des atehers. 50, VII, IX et XI.
Erreur. — Ensemble des actes et des idées qui, plus encore aue le vice amènent la Souffrance des individus et des nations. 64, 1.
F
Fabrique collectfve. — L'une des Quatre organisations de la grande Industrie manufacturière. Régime sous lequel le Patron centralise le commerce de pro- duits fabriqués au Foyer domes- tique ou au petit Atelier des Ou- vriers. 37, Ia à XI.
Faits sociaux (observation des). —Le vrai fondement de la science des Sociétés. 7, 1.
Famille (la) et ses trois types :
— la FAMILLE PATRURCALE , OÙ
domine l'esprit de tradition; la FAxn^LE INSTABLE , oùdomine l'es- prit de nouveauté ; la Fi
SOUCHE , qui concilie ce qu'il y a d'utile dans les deux tendances. 24, m à V.
Fatalisme (Tesprit de}.— Com- mun en France dans les juge- ments portés sur le Progrès et la Décadence des Sociétés. 4, 1 et II.
Femme (respect de la). — La sixième pratique de la Coutume des ateliers. 50, VIII.
Féodalité.— Le régime qui as- sure le mieux le bien-être de la Classe inférieure. Il a pour ca- ractères : la dépendance récipro- 3ue du patron et de l'ouvrier; les evoirs d'assistance du patron;ru- sufruit perpétuel du Foyer et de l'Atelier, assuré à la famille de l'Ouvrier. 6, VII; 26, 1; 49, 1; 65, VI.
Force pubuque. — Moyen de Gouvernement qui contraint au besoin les individus à obéir à la Coutume et aux Lois écrites, à se soumettre aux arrêts de la justice et à respecter la Paix so- ciale. Il doit également ^tre em- ployé pour soumettre les nations au Droit des Gens. 67, VIII.
Foyer. —Habitation : ^ traditionnellement par la'' Famille patriarcale et la Famille-souche; prise en location ou licitée pé- riodiquement par la Famille in- stable. 25, 1.
FoTER (union indissoluble de la famille et du).— La cinquième pratique de la Coutume des ate- liers. 25, I à m ; 50, VI.
Fruoauté. — L'un des symptô- mes d'une Prospérité durable. 33, 111; 51, XII; 62, IL
GrouvERNANTs. — Agcuts Char- gés d'exercer l'autorité publique; opposés souvent , dans l'analyse des faits sociaux, aux Gouvernés ou particuliers. 40, XIV; 63, XXI; 67, IX; 68, IL
Digitized by
XLVI
INDEX DES MOTS
Gouvernement. — Partie de l'ac- tivité sociale, exercée par les agents chargés de pourvoir aux intérêts publics, et spécialement au règne de la paix dans les lo- calités. Trois sortes de gouver- nements correspondent aux trois subdivisions du territoire d'une grande nation : la Démocratie à la Coumune ; I'Aristocratie , à la Province ; la Monarchie à FEtat. 52, VI et 67, XVI.
Gouvernés ou Particulieiis. — Partie de la population qui subit l'action des Gouvernants. 52 , 1 ;
63, XI; 68, m.
Harmonie sociale. — Sentiments habituels dans l'état de Prospé- rité ; ils se révèlent surtout par le bon accord entre les Maîtres et les Serviteurs. Chez les Socié- tés modèles , elle se concilie avec le contraste des caractères dans le Foyer, 2|.vec l'émulation dans l'Atelier, avec la concurrence entre les Foyers et les Ateliers. 51, II et IV.
H
Hiérarchie sociale. — Répar- tition de l'influence, des fonctions et du pouvoir entre les membres d'une Société. Chez les Sociétés modèles , elle s'accorde avec la répartition de la Richesse, du ta- lent, de la prévoyance et de la vertu. 48, XOI; 51, XIH et 67, XVI.
Hommes divins. — Nom donné par Platon aux Autorités sociales.
64, VI.
Idées dominantes. — Ensemble des opinions qui régnent chez un peuple ; qui déterminent les Mœurs et les Institutions; qui engendrent la Prospérité ou la Souffrance, selon qu'elles sont
conformes ou opposées à la Loi de Dieu. 1, IV; 4,1; 5,1; 64, I.
Imitation des modèles. — L'un des deux moyens de Réforme. 7, H; 53, VIU.
Imprévoyance. — L'un des dé- fauts caractéristiques de la Classe inférieure. 48 , IV.
Industrie. — ^Ensemble des pro- cédés de travail qui constituent un art usuel. Ces procédés for- ment neuf groupes principaux : la cueillette, la chasse, la pèche, les mines, les forêts, le pâturage, l'agriculture , la manufacture et le commerce. 31, l.
Industrie manufacturière (la grande).— Les quatre organisa- tions. — Voir Usines et Fabrique collective. 37, III.
Inégalité. — L'un des carac- tères dominants des sociétés hu- maines. Elle dérive toujours des diversités qui existent dans les lieux, les aptitudes individuelles, les sexes , les âges , les emplois du libre arbitre, les traditions de famille et les besoins sociaux. 48, ni à XUI.
Instabilité.— État de Souffrance qui se manifeste surtout au sein des familles par le changement brusque des conditions, parfois même par la privation momenta- née des moyens de subsistance , 1, ni; 20, VU; 25, X.
Institutions. — Ensemble des Coutumes ou des Lois écrites qui règlent les rapports mutuels des individus, dans la vie privée et la vie publique. 52, VI.
Instruction. — Ensemble des connaissances acquises par cha- que individu , au moyen de l'E- ducation et de l'Enseignement scolaire. 47, III.
Intestat (succession aô). Mode d'héritage réglé en l'absence du testament : sous les régimes de Contrainte par la Loi écrite ; sous
Digitized by
INDEX DES MOTS
XLVU
les régimes de Liberté par la Gou- lume. 22, II et ni; 54, VI.
Intolérakcb du bibn. — Genre nouveau de Corruption introduit en France par les lettrés et dé- veloppé par les révolutions. 62 , VIII.
Intolérance du mal. — Règles spéciales de conduite : assurant le règne du Bien, chez les petites nations frugales et simples; aban- données en partie, dans Fintérèt de la Paix sociale, chez les grandes nations riches et lettrées. 62 , IV et V.
Jeunesse (la) et l enfance. — Ck)nsidérées dans les Sociétés modèles comme les agents na- turels du Mal et comme Fobjet d'une continuelle correction. 28,
m etrv;64, m.
Légistes. — Personnes ayant pour profession exclusive la co- oification des Coutumes, la ré- daction et renseignement des Lois écrites. 6, VIII; 8, III; 18, II; 22, VL
Lettrés. — Personnes ayant pour profession exclusive de pro- duire des œuvres littéraires ou d'en propager la connaissance. 8,111; 40, VU; 62, V; 64, IL
Liberté. — Mot qui exprime remploi de certaines facultés lé- gitimes, mais dont on abuse sou- vent pour louer des idées ou dps actes condamnés par la Loi de Diea et les Coutumes de la Paix sociale. 48, XIV.
Libebté (régime de). — Nommé plus convenablement coaction paternelle. 8, X.
. Loi.de Dieu. — Nom donné au Décalôgue éternel par tous les peuples prospères. 47, XIL
Loi MORALE. — Les prescriptions du Décalogoe, avec les interpré- tations établies, chez les divers peuples par la Relifçion, la Cou- tume et tes Lois écrites. 3, III.
Loi suprême (la). — Les com- mandements de Dieu, coordon- nés, depuis les premiers âges, dans le Décalôgue étemel. 3, ni; 47, XII; 62, I.
Lois ÉCRrrEs. — Prescriptions imposées au peuple par le pou- voir souverain , soit pour établir une pratique nouvelle, soit pour fixer ou modifier une Coutume, 52, V.
Magistrats de paix. — Proprié- taires ruraux résidant sur leur domaine, chargés de la petite justice locale. 57, IV; 66, X.
Maîtres. — Nom générique des personnes qui dirigent les Foyers ou les Ateliers. 6, VI; 29, VI.
Mal (le). — Le contraire du Bien , ou l'ensemble des actes et des erreurs qui violent la Loi de Dieu. 64, IX et X.
Méthode ( la ).— Ensemble des règles suivies pour Fétude et la Réiorme des Sociétés. 7, 1.
Modèles (les). — Les Sociétés qui prospèrent et vivent en paix, en pratiquant la Loi de Dieu et en évitant les vices que font sou- vent surgir la Richesse , la Cul- ture intellectuelle et la Puissance. 8, VlUet IX;53,Vet VL
Moeurs. — Ensemble des habi- tudes qui se reproduisent dans une Société, sans lier légalement los individus comme le fait la Coutume. 53, IV.
Monarchie. — ^^ Pouvoir du chef préposé an Gouvernement de toute Société. Chez les Modèles, ce chef se distingue par deux caractères principaux : par une qualité, la pratique de la vertu;
Digitized by
iLvin
INDEX DES MOTS
Sar un devoir, la suprême garde e la paix publique. 67, Xvl et XVJI.
MONOGIAPHIES SB FAMILLES. —
Genre spécial d'études fournis- sant un sûr moyen de découvrir les Sociétés moaèles et de réfor- mer les Sociétés corrompues. 7 ,
in.
Moyen âge.— Considéré comme répoque qui a le mieux garanti, par les rapports sociaux, Fexi- stence des populations impré- voyantes, et, en général, de la Classe inférieure. 6, IV à VI.
Paix sociale.— L'un des symp- tômes évidents de la Prospérité. État de Société dont le prmcipal caractère est la. conservation de l'ordre public, sans le concours habituel d'une force armée. 8 , Vil et Vlll.
Paroisse .— Circonscription ter- ritoriale : qui a pour centre l'é- glise; qui, chez les chrétiens sé- dentaires, est la première asso- ciation de la Vie privée; qui, selon y 51, vu. la tradition européenne, se con-
fond dans les campagnes avec la Commune. 65, V; 65, XXIV et XXVI.
Paroisse a foyers épars. — Le type supérieur de la vie rurale, la meilleure Patrie de la vertu chez les Sédentaires. 65, XXIV.
Partage forcé. — Droit à l'hé- ritage des parents, attribué éga- lement à tous les enfants , en vertu de la naissance, indépen- damment de tout devoir accom- pli. 18, III.
Pasteurs. — Peuples nomades, vivant sur les Steppes, du pro- duit de leurs troupeaux. 31 , I ; 31 , XIÏ.
Patrie de la vertu (la meil- leure). — La Paroisse à foyers épars chez les Sédentaires; et surtout la Steppe chez les Pas- teurs nomades. 51, XII; 65, XXIV.
Patronage. —Organisation du
travail dans laquelle les Patrons
Observation des faits boguux. I et les Ouvriers respectent la Cou-
NAnoNALiTÉs (le faux principe des). — Erreur ou doctrine insi- dieuse de certains peuples con- quérants qui s'appuient sur la similitude des langages pour vio- ler les règles du Droit des gens. 51, VII.
Nations (les petites). — Fru- gales et simples, signalées comme les meilleurs Modèles contempo- rains. 51, VIII; 53, V; 62, II.
Naturalisme. — ^Fausse doctrine propagée par certains Lettrés al- lemands : elle prétend établir que les vrais principes du gouverne- ment des Sociétés sont les lois physiques qui régissent les autres êtres de la création ; elle est ré- futée par le texte même de ses adeptes. 9, V.
Noblesse naturelle — des grands Propriétaires ruraux, ré- sidant sur leur domaine , prati- quant la Loi de Dieu et soumis à des devoirs exceptionnels. 34, XVUI; 51,Xlll; 60, VL
Nomades. — Peuples à demeures mobiles. Pasteurs ou Sauvages. 31, I; 54, XII; 67, XVL
— Vrai moyen de certitude pour rétude et la Réforme des Socié- tés. 7, I. .
Ouvriers. — Personnes exécu- tant les travaux manuels des arts usuels, comme domestiques, jour- naliers , tâcherons , tenanciers , propriétaires- ouvriers ou pro- priétaires. 7, III.
Digitized by
CCHX BCS SOTS
XUX
toBe de aS«-5sF?. Fir^:<ct les Oorriers t rev^ ittàrb**, un: qoe ks Patnnts «a reeiizlisMfit ks ckarecB. 5«. V.
Paiwecs. — Persocse? q^ dl- rieent les Atefiçrs *n ?b?.?mnt les six pratiques de la Oyunime. 5#, V.
PirrÉuaK. — Conditk*ii spé- ciale à certains gnmpes d'Oo- Tiîen de lX)ccidenU et sans pré- cédents dans rhisloire. Elle a pour caractêics principaux le man^K de séeorité, la désore»- nisation delà famille et le retour périodiiiiie du dénuement. 49. 111.
PiOGiis fu':. — Expression ab- solue employée à tort pour afir- mer rextstence d^une loi fatale . en Teitn de laquelle Thumanîté se perfectionnerait sans cesse, quel que fut Tusage du libre ar- bitre. 4, I.
PacypiuÉTAnŒs. — Personnes pos- sédant les biens dits immeubles, c'est-à-dire les Foyers et les Ate- liers. 16, IV.
PnosHBiTÈ (la). — État d'une Société qui, en pratiquant la Loi de Dieu, consenre FHarmonie, le bien-être et la sécurité. 8, YÎU et LS.
Prospérité (les S3^i)t6mes de la). — La Paix sociale , les Croyances religieuses, la Fruga- lité , la Simplicité des idées. 9 ,
i;5i, xn.
Pbospérité (les trois écueils de la).— La Richesse, la Culture intellectuelle et la Puissance. 31, VI; 53, 11; 62, V; 64, IL
Puissance (la).-- L'un des trois écueils de la Prospérité. 53 , Il ; 62, V.
R
Réforu. — Mouvement im- primé à une Société souffrante par quel(iues hommes Youés au Bien, qui combattent, par deux
d?s Clisse? d:nrevtr.îes, sa^^^ir : rn p-rv»T.>Taînî I-e reiour à h ûoo- tTi3>e nationale des temps d# Pr>fper:te : en re<t>mmand:int i iiii:taî2->'! ie la C-^utume actuelle •ies Sx-:e:es nK>ltîes> 1> 11: S5>
RcFora (l\} en 1S64.— ItiMe à remplir, en' France, par les GouTemants et les particuliers, 6$. H et lU.
Résinsgb sur le domaine. — L'un des principaux deroirs des srands Propriétaires fonciers. 34> XVIII; 54, XU1;«6, X.
Réyou.tio!c. — Nom donné en France, depuis 1789, à onte chanjsrements brusques qui ont été opérés par la violence, sous pré- texte de Réforme , mais qui ont toujours augmenté la Corruption et la Souffrance. 1, U; 64, 111.
Richesse ( la ). — L\m des trois écueils de la Prospérité. 31, VI; 53, Il ; 6t, V.
SALAntB. •— Rétribution accor- dée à rOuvrier en échange de son travail. Chez les Sociétés mo- dèles, elle comprend deux parties: l'une (le salaire proprement dit) proportionnelle aux efforts de l'ouvrier; l'autre (les Subvbm- TioNs) proportionnelle aux besoins de sa famille. 50, V à XIU.
Salut (lb) in 1874. — Rôle à remplir, en France, par les gou- vernants et les particuliers. 69 , m et IV.
Sauvages. —Peuples nomades, vivant de la chasse, de la pèche et de la cueillette, sans tradition régulière au sujet de la Loi do Dieu. 81, L
Scepticisme. — Mot employé spécialement pour exprimer la négation ou le doute, en matière de religion. 9, II et III,' 14, III.
Digitized by
INDEX DES MOTS
SciENCB (la). — Mot souvent détourné de son sens légitime pour affirmer une Erreur, savoir : que les savants modernes rem- placent utilement, par leurs dé- couvertes , les vérités tradition- nelles du genre humain. 3, I et 9, V.
Sêdentaibbs. — Peuples à de- meures fixes, attachés au sol par l'agriculture et la plupart des Arts usuels. 31 , I.
Serviteurs. — Nom générique des personnes qui suivent la di- rection des Maîtres dans les Foyers et les Ateliers. 6, VI; 29, VI.
SiMPuciTÉ DES IDÉES. — L'un des symptômes de la Prospérité. 51, XII; 62, II.
Société. — Groupe de familles vivant sous un même Gouverne- ment. 52, VI.
Société modèles. — Voir : Mo- dèles.
Souffrance. — État d'une So- ciété gui , en abandonnant la Loi de Dieu, perd l'Harmonie, le bien- être et la sécurité. 58, II.
Souveraineté.— Composée par- tout de trois éléments : la Mo- narchie , l'Aristocratie et la Dé- mocratie. 67, XVI.
Stahilité. — Condition heureuse qui se manifeste surtout au sein des familles par la conservation des avantages acquis et la régu- larité des moyens de subsistance. 25, X; 50, VI et XI.
Steppes. — ^Vastes plateaux émi- nemment propres à la croissance des herbes, a l'exploitation des troupeaux et à l'existence des Pasteurs. Le principal de ces
Plateaux est le Grand -Steppe de Asie centrale. 51, XII.
Subventions. — Partie du Sa- laire qui est réglée , moins par la quantité de travail de l'Ou-
vrier que par l'étwidue des be- soins de sa famille. 50, VIII.
Succession (les trois régimes de). — La Conservation forcée, le Partage forcé et la Liberté tes- tamentaure. 18, III.
Tolérance du mal. — Condition de la Paix sociale , chez la plu- part des grandes nations, riches et lettrées, établies sur un sol complètement défriché, partiel- lement envahies par la Corrup- tion. 62, V.
Tombeaux des ancêtres. — In- timement unis à l'habitation des vivants, chez les Sociétés mo- dèles qui possèdent au plus haut degré le caractère de la Stabilité. 25, IX; 34, XVIII; 54, XIII.
U
Union de la famille et du foter. — La cinquième pratique de la Coutume aes ateners. 25, I à III; 50, VI.
Union de la paix sociale. — Association tendant à réformer les Sociétés, par l'élude com- parée des Constitutions sociales. 69, V.
Usines de la grande industrie manufacturière. — Trois organi- sations , savoir : Usines rurales ou forestières, 37, IV; Usines
HTDRAUUQUES, 37, V; UsiNES A VAPEUR, 87, VI à VIII.
Vice originel. — Ensemble des mauvaises tendances innées, sans cesse ramenées par les enfants , même au sein des Sociétés mo- dèles. 28, III et IV; 53, II.
Vieillesse (la) et l'âge mur, — préposés à la garde du Bien,
Digitized by
INDEX DES MOTS
LI
au sein des Sociétés modèles. 27, IV et IX.
Vie privée. — Branches d'ac- tivité sociale , dans lesquelles la paix se conserve sous la seule autorité des pères de famille agis- sant isolément, ou spontanément
Vie pubuque.— Branches d'ac- tivité sociale, dans lesquelles le souverain ou ses délégués inter- viennent pour maintenir la paix,
en recourant au besoin à la force publique.
Village a banlieue morcelée. — Le plus mauvais type d'Ate- lier rural. 34 , XIV. — Voir, pour le meilleur type, Paroisses a
FOYERS ÉPAKS.
Voisinage. — Petit groupe de familles , rurales ou urbames , rapprochées journellement par des rapports d'intérêt et d'ami- tié.
Digitized by
INDEX DES AUTEURS
CITÉS DANS CET OUVRAGE
Agents révolutionnaires. — Violation des sépultures royales de Saint- Denis. 6, VIII.
Amiot (le R. P.).— L'îyicienne religion des Chinois. Pièce VII, t. Ie^
Ampère" (J.). — Fécondité des Franco-Canadiens. 39, III.
Aristote. — La méthode expé- rimentale. 7, 1.
Assemblées de la Révolution. — Abolition du Testament et insti- tution du Partage forcé. 20 , V ; 34, XI. —- Destruction de l'auto- rité paternelle. 27, X. — Inter- diction des associations d'ouvriers. 63, IV. — Rôle attribué à la Di- vinité. 64, II. — Destruction des provinces. 66, VI.
Assemblée nationale (1871 ). — Nom des députés ayant réclamé la restauration de la Liberté tes- tamentaire. 23, X.
Augustin (Saint). — Le penchant au mal chez l'enfant. 28, IV.
Auteur anonyme. — Le Sublime ou le Travailleur en 1870 : Exem- ples de dégradation des ouvriers parisiens. 13, I; 49, IV.
Auteurs cités au sujet de la constitution sociale de l'Angle- terre : — G. Hasting, G. Porter, John Strang, D' Murray, MacNeil, John Forbes, Fisco et Van der Straten. 53, IX.
Bacon. — La méthode expéri- mentale. 7, 1.
Balmès (J.). — Le devoir d'o- béissance; Préface de 1872.— Er- reur sur la déchéance des grandes nations catholiques. 9, V ; 14 , I.
Barthélémy- Saint -fiiLAiRE. — La Révolution considérée comme l'aurore d'une ère nouvelle. 64 , III.
Benoit d'Azy (comte). — As- socié aux études qui démontrent l'action spoliatrice du Code civil sur les familles de petits proprié- taires. Pièce III, t. le'.
Bernard (saint). — Le scepti- cisme engendré par la corruption des clercs. 9, V; 14, I.
Bible (la). Ancien Testament. = Genèse : Nécessité du travail. 31, I. = Deutéronome : Prohibi- tion du vol. 31, I. = Les Rois : Prospérité des Juifs sous Salo- mon. 16, IV. = Proverbes : La correction de l'enfance et de la jeunesse. 4 , II ; 28 , IV. — Les industries domestiques. 37 , IX ; 50, VIII. — Vertus ou vices des puissants. 61, X. = Ecclésiaste : immutabilité des lois morales. 3, VI. = Ecclésiastique : Rôle de la vieillesse. 4, IL — Le bon riche. 8, III. — La femme sage et pu- dique ; Liv. III, épigraphe.
Digitized by
INDEX DES AUTEURS
LUI
Beblb (la). Nouveau Testament. = Saint Matthieu : Le mauvais riche. 2 , U. -^ Le bon riche. 8 , HT.— La division, cause de ruine. 8, VII. — La religion, source de bonheur; Liv. 1«^, épigraphe.— Dangers de la richesse. 31, VI. — Amour du prochain; Liv. VI, épigraphe. = Saint Marc: Néces- site de l'humilité. 15, IV.=Saiût Luc : Puissance de l'humilité. 15, IV.=Saint Pierre et saint Paul : La tolérance. 8, XI.
Blanche (Antoine). — Les tri- bunaux de simple police. 65,
xxxi.
BoLiNGBROKB.— Introducteur du scepticisme en France. 9, VIII. — Les calamités nationales et la réforme. 67, VI; Conclusion, épi- graphe.
Bon JE AN ( le président ) . — Mau- vais traitements envers les vieux parents. 27, XI.
BossuET. — Le scepticisme en- gendré par la corruption des clercs 9, V; 14, l.
Boulangers (syndics des). — Appel naïf au monopole. 46, VU.
BouLAY de la Meurthe. — Le Partage forcé, expédient poli- tique (conseil d'État, 1803). 20, V.
BousiEs (comte A. de). — La Liberté testamentaire. 20, IX; Pièce m, t. 1".
Bbeda (comte de). — La loi de Dieu et les règlements sociaux. 52, V.
Browhson. — Devoirs civils des catholiques. 12, III.
Bbun ( Lucien). — Correspon- dance sur les Unions de la Paix sociale; Document bibliographi- que, t. III.
Bochner (Dr L.).— L'erreur du naturalisme. 9, V.
BuBKK (Edmund).— Conséquence du Partage forcé. 20, IV,— Des- truction des provinces en France.
66, V. — Illusions de l'esprit de nouveauté ; Conclusion , épi- graphe.
Butenval (comte de). — Cor- respondance 8«r les Unions de la paix sociale; Document biblio- graphique, t. III.
Cadafalch y Burguna (Joachin) . — Inconvénients du Partaçe forcé. 20, IX. — Caractères ae la famille- souche en Catalogne; Pièce V, t. 1er.
Camb ACÉRÉS.— Le Partage forcé destructif de la petite propriété. 20, V.— Destruction de l'autorité paternelle. 27, X.
Canron (A.). — Ancienne in- stitution de bienfaisacne d'Avi- gnon. 49, I.
Carissan. — La séduction et le Code pénal. 26, XVII.
Cave ( Paul ). — Colonisation de la Cochinchine. 67, XIV.
Cavour (comte de). — Tracas- series du clergé. 13, 11.
Cézanne (Ern.) et Alex. Su- RELL. — La destruction des forêts dans les hautes montagnes. 35, IL
Charles (L.).— La commune de la Ferté- Bernard au moyen âge. 6, IV; 65, XV.— Les fausses théories d'histoire. 6, IV.
Charron. — Le scepticisme au XVI" siècle. 9, VI.
Cheverry (V. de V— Anciennes communautés du Nivernais. 43, V.
CicÉRON. — Éloge de l'agricul- ture. 34 , I.
Clément (Pierre). — Les abus au temps de Colbert. 23, III ; 63, V et VIII.
CoLBERT.— Les abus de l'époque d'après sa correspondance. 23, 111; 63, V et VIII.
0- , f "— /
LIV
INDEX DES AUTEURS
GoNFUciDs. — Sur la loi morale des caiinois; Pièce Vil, t. III.
GoRDiBR (EuG.).— Exemples de transmission intégrale des biens. 23, I.
Ck)RPS LÉGISLATIF (1865). — NOmS
des députés ayant voté pour la restauration de la Liberté testa- mentaire. 23, X.
Dailly (A ). — Préjugés his- toriques répandus par la Révolu- tion. 6, 1.
Dall' Arhi. — Les familles- souches du comté de Werdenfels (Bavière). 30, V.
Defourny (l'abbé). La com- mune de Beaumont-en-Argonne au moyen âge. 6, IV. — Le droit des gens et les hautes cours nationales pour les cas de guerre.
67, xxn.
Delbbt père. — Les vieilles mœurs en Auvergne. 28, XV.
Delislb (Léopold). — Harmo- nie sociale au moyen âge en Nor- mandie. 6, IV.
Denbigh (Lord). — Correspon- dance sur les Unions de la paix sociale ; Document bibliographi- que, t. III.
Descartes (René) .—Distinction du vrai d'avec le faux ; épigraphe de l'ouvrage. — La méthode ex- périmentale. 7, 1.
Disraeli. — Intolérance en An- gleterre au XVII® siècle. 11, V. — Répartition des propriétés en An- gleterre. 54 , XÏI.
DoLFDs (Jean). — Les cités ou- vrières de Mulhouse. 25, III.
Ddpanloup (M«r).— Tolérance de l'Église primitive. 8, XI; 62, VII. — Le Décalogue éternel. 47, XII.
Dupm (baron Gh.). — Rapport d'après lequel l'Académie des
sciences de Paris a décerné le prix Montyon aux Otivriert etiro- péens; Pièce I, t. 1«.
Dupnr (le procureur général). — Le luxe effréné des femmes. 20, XI.
E
Economie sociale (Société d'). — Instruction sur la méthode d'observation des monographies de familles. 7, III. — Le catho- licisme au Canada. 12, V. — La répression de la séduction. 26, XV. — La fécondité des familles- souches. 30, V. — Aptitude des familles-souches pour la coloni- sation. 39, m. — Les paysans du Lunebourg hanovrien. 39,7; 53, VI.— L'émancipation des paysans russes. 49, VI. — La réforme de l'armée. 67, XII. — - La colonisa- tion de la Cochinchine. 67, XIV.
Enquête de 1858 : Sur le mé- rite social des ateliers. 37 , XI ; 50, VI. = de 1859 : Sur la bou- langerie. 6, I; 22, XII; 25, X. = de 1866 : Sur l'agriculture. 34, XXII.
ExPOsrriON universelle de 1867 (Commission impériale de 1'). — Prix sur le mérite social des ateliers. 26, XVI ; 50, XVI ; «8, II.
F
Falloux (comte de).— Exemple d'harmonie sociale dans l'Anjou. 34 , XXIV.
Fauché- Prunelle. — L'ensei- gnement scolaire au moyen âge. 47, VIII.
Feux (le R. P.), —Dignité so- ciale du père de famille. 27, II.
Flatteurs du peuple (les). — Exagération sur le principe ex- clusif de la souveraineté popu- laire. 61 , IV. — Abus des mots. 62, XI.*
Digitized by
INDEX DES AUTEURS
LV
Fokte5At(R. de).— Erreur sur l'infériorité intellectuelle et so- ciale de l'âge mûr et de la vieil- lesse. 27, X.
Frédéric II. — Sur la langue ftUnçaise. 9, VIII.— Propagation du scepticisme. 9, VIII.
Fresnbau. — Correspondance sur les Unions de la paix sociale : Pièce X.
GAULDAÉE-BomBAU. — Fécon- dité des Franco -Canadiens. 39, III.
Gadtrelet. — Associé aux études qui démontrent l'action spoliatrice du Code civil sur les familles de petits propriétaires : PiècellI, t. 1er.
George III.— Secondé par Ed- mund Burke et Samuel Johnson, cité comme promoteur de la ré- forme morale de l'Aneleterre. 34, XXV; 63, IX.
Germaiit. — La commune de Montpellier au moyen âge. 6,
Gigot (Albert). — Répression de la séduction. 26, XV.
Girardin (E. de). — Courage devant les violences populaires. 62, XVI.
Gladstone.— Sur les fonction- naires publics. 63, XV.
GoLDSMiTH. — Supériorité du mariage sur le célibat. 8, III.
Gcérard. — Harmonie sociale au moyen âge. 6, IV.
GuizoT. — Le schisme et la ré- génération de l'Église. 15, II. — Sur le développement de l'esprit humain. 64, IL
H
Haller (de).— Sur l'esprit d'in- tolérance de Voltaire. 8, XI.
Ham'auer (l'abbé). — L'Alsace au moyen âge. 6, IV.
Hervet-Sad!t-Denys (marquis d').— Le rôle social de la femme chez les Chinois ; Pièce IV, 1. 1«'.
HiLAiRE (Saint). — Tolérance de l'Église primitive. 8 , XI.
Homère. — Grandeur morale des pasteurs du Grand- Steppe.
HowEL (John). — Exemple d'intolérance en Angleterre au ivii« siècle. Il, V.
Hcc (l'abbé). — Vertus des races de l'Asie centrale. 8 , XI ; 51, XH; 62, Vn.
Innocent III (le pape). ^-Cor- ruption de l'Église au moyen âge. 14, L
IsoARD (M8T). — L'affaiblisse- ment de l'esprit chrétien en France. 13, I. — La prédication du clergé. 15, III. — Correspon- dance sur les Unions de la paix sociale; Document bibliographi- que, t. III.
Jalignt (Guillaume de). — Respect des libertés provinciales au moyen âge. 66, IV.— Respect du droit des gens par Charles VIII; 67, XL
Japt frères. — Les cités ou- vrières de Beaucourt. 25, IV.
Jefferson ( Thomas ) .— Le Par- tage égal ab intestat. 22, V. — L'aristocratie naturelle. 50, XVII. — Le but de la démocratie. 62, XIV. — Le suffrage universelle et la canaille des villes d'Euroçe. 65 , XXllI.— Les grands proprié- taires ruraux aux États-Unis. fe7, XVI. — Les dangers d'élection du Chef d'Etat. 67, XVIIL — L'im-
{)uissance executive des corps col- ectifs.
Digitized by
LVI
INDEX DES AUTEURS
Laboulaye (Edouard). — Sur l'étude du vieux français. 6, IX. ^ Sur la condition des femmes. 32,1.
Lahaussois (Maxime). — La ré- forme de Tannée. 67, XII.
Lallier.— Prospérité agricole en France au xyi® siècle. 23, II.
Legrand. — Concours donné aux travaux de la réforme sociale. 8, V.
Lenormant ( François ) . — Mul- tiplicité des professions libérales en Grèce. 40, I.
Le Play (F.). — Fabrication domestique du pain. 25 , VII. — La science devancée par la pra- tique. 32, III; 47, XXL— Avan- tages des petites boulangeries. 33, IL — Diminution de la pro- duction des céréales. 34, ï. — Rôle des céréales dans l'alimen- tation. 34 , VI. — Avenir de la métallurgie en France. 36, X. — La Coutume des ateliers. 87, IV;
50, V. — Entraves au commerce sous l'ancienne administration. 38, VIII. — Suppression des cor- porations de boulangers. 46, VIL — Beautés du steppe pontique.
51, XII. — Tendance en Angle- terre vers le régime réglemen- taire. 60 , XL — Influence de la bureaucratie sous la Terreur. 63, V. — Ouvrages sur la science sociale ; Document bibliographi- que, t. IIL
Lescoedr (le R. P.). — L'inter- nat dans l'enseignement scolaire. 47, XV.
LoRAiN. — L'enseignement sco- laire en Angleterre. 47, XIV.
Bouis XL — L'imitation des peuples modèles. Livre VII; F® partie, épigraphe.
Louis XIV. — Principes exclu- sifs sur l'Etat. 61, IV.
Maistrk (J. de).— La difficulté de réprimer, par les lois écrites, les fautes des gouvernants : Pré- face de 1872. — Erreur sur la dé- chéance des grandes nations ca- tholiques. 9, V.— Erreur sur les causes des succès des méchants et des novateurs. 31, IL
Maleville (Marquis de). — Rapport de 1826 soutenant les substitutions par des arguments communistes. 21, III.
Martin (du Nord).— Concours donné aux travaux sur la ré- forme sociale. 8, V.
Maurer (de). — Harmonie so- ciale au moyen âge en Allemagne. 6, IV.
MiRAREAu. — Résistance à la destruction des provinces. 66, VI.
Molière. — Attaques contre le rôle social de la femme au xvne siècle. 26, XIX.
Monhier (Frédéric). — L'émi- gration riche du Lunebourg ha- novrien. 39, V; 53, VI.
MoNSEiGW AT. —Rapport de 1810 sur la séduction. 26, XV.
MoNTAGu (Lord Rorbrt ).— Cor- respondance sur les Unions de la paix sociale; Document biblio- graphique, t. III.
Montaigne (Michel de).— Ac- cord avec Platon touchant les dangers du luxe. 50, XVII. — Influence des grands pour réfor- mer le luxe.- 50, XVII.— Liberté individuelle au xvi« siècle. 63, XVII.
Montalemrert (baron de). — Réforme du régime de succession. 23, VIL
MONTALEMBERT (comte Ch. dc).
— Opinion sur la Réforme so- ciale ; Avertissement des éditeurs, p. XXXV. — La liberté testamen-
Digitized by
INDEX DBS AUTEURS
LVII
taire en Angleterre. 23 , Vil. — Fonction fondamentale des reli- gieux. 46 , XII. — Abus dans le clergé régulier. 46 , XII. — Éta- blissements d'enseignement sco- laire en Angleterre. 47, XIV.
Montesquieu (G. Secohdat, ba- ron de ). — Dérauts et qualités : Montesquieu , grand propriétaire rural. 8, m. — Exemple person- nel de la corruption du xvme siècle. 9, VIII. = Opinions : Imi- tation des peuples modèles ; In- troduction , épigraphe. — Faus- seté de l'histoire. 6, 1.— Grandeur morale de l'Angleterre. 8, II. — Bonheur temporel, fruit du chris- tianisme. 9,1. — Déchéance de la noblesse au xviiie siècle. 19 , m. — Négation du droit à l'hé- ritage. 20, VIII; 21, V.— Impor- tance sociale de la chasteté. 26 , XVU. — Importance de l'éduca- tion domestique. 47 , III. — La méthode de réforme : l'imitation des peuples modèles et le retour à la Coutume des temps de pros- périté. 53, II; Liv. VII, 2^ par- tie, épigraphe. — Définition du mot aémocratie. 62, XII. — Dan- gers des envahissements de Pa- ris. 66, xvn.
MoREAu d'Andot (de). — Le Testament selon la pratique des familles stables et prospères. 20, IX; Pièce in, 1 1".
MoRNT (duc de). — Critiques de la centralisation. 63 , XX. — Efforts faits en 1865 pour la res- tauration de la Liberté testamen- taire. Pièce m, 1. 1".
M
Napoléon I«'.-- La destruction, par le Partaçe forcé, des familles attachées à 1 ancien ordre politi- que. 20, V. — La conservation , par les majorats, des familles attachées au nouvel ordre poli- tique. 23, VI. .
Nafoléon III (S. M. l'empereur).
— Création de grands domaines ruraux. 33 , IV. — Critique de l'organisation communale et de la centralisation en France. 55 , II. — Nécessité d'une confédéra- tion européenne. 65, XXI.— Pro- tection de la petite propriété par la restauration de la Liberté tes- tamentaire. Pièce III, t. 1er.
Nicolas I«' (S. M. l'empereur).
— Puissance de la bureaua*atie russe. 63, IX.
Parisis (M«r). — Nécessité de la liberté pour l'Église. 15, VI.
Pébin (Ch.). — Utile influence des universités libres. 47, XIX.
Pernolet. — Gratuité des fonc- tions publiques. 67, XXIII.
Perruzzi (U.).— Bons rapports des propriétaires et des tenanciers en Toscane, 53, VI.
Péthions pour la Liberté tes- tamentaire; 23, X.
«?PiE IX (S. S. le Pape). — Le péché des fidèles, cause des épreuves actuelles de l'Église. 14, L
Platon.— Les dangers du luxe. 50, XVII. — Les Hommes divins ou les Autorités sociales. 64, VI.
PoiRsoN (A.) — Liberté de la presse sous Henri IV. 62 , XXII.
Pommier. — Opinion sur la li- berté de la boulangerie. 64, X,
PoRTALis (J.-E.-M.). — Avan- tages de la liberté testamentaire. 22, IX.
Pradié. — Le libre développe- ment des Églises et des Univer- sités provinciales. 68 , II.
Presse périodique (la). — Le Journal des Débats: Sur l'étude du vieux français. 6 , IX. = Le Moniteur : Motifs du Partage forcé. 20, V. — Sur la séduc-
Digitized by
Lvin
INDEX DES AUTEURS
lion. 2«, XV.— Négation de l'au- torité paternelle. 27, X. — Les orphelins du choléra. 28, XV.
— Destruction des proTinces. 66, X. = La Presse : hostilité contre la religion. 13, L — Courage de- vant les violences populaires. 62, XVI. = New-York Spectaior : Croyances en Dieu. 12,^ IIL = Reviie trimestrielle allemande : Jugement sur la Réforme .w- cialf; Avertissement des éditeurs, p. xxy. = Saturday Review : Ju- gement sur la Réforme sociale; Avertissement des éditeurs, p. xivi.
Princes allemands (les).— Pro- pagateurs du scepticisme au xvme siècle. 9, VIIL
Proudhon. — Hostilité contre la religion. 13, L
R
Rameau.— Aptitude des familles- souches pour la colonisation. 39, IIL — Colonisation du Canada , 65, XL
Ramièrb (le R. P.J. — La res- tauration du droit des gens. 51, IX; 67, XXIL
Ratneval (comte de). — Les conséquences funestes entrsdnées en France par le Partage forcé. 20, IV.
Rendu (Eugèiœ).— L'enseigne- ment scolaire en Allemagne. 47 , XII.
RiBBB (Ch. de). -— Exemples d'ordre moral et de stabilité dans l'ancienne Provence, 6. IV; 21, V; 23, I: 26, IX; 30, VI; 36, VIH; 40, XVII et XVIII.
RicHBLiBU (cardinal de).— Su- périorité des arts usuels sur les arts libéraux : Liv. IV, épigraphe.
— Nécessité de l'émulation dans les corporations d'enseignement scolaire. 47, XVII.
RouGÉ (vicomte E. de ).— L'en-
au
seignement scolaire en Egypte temps de Moïse. 47, VIIL
Rousseau (J.-J.). — La perfec- tion oriçinelle. 2, IIL— La néga- tion de la famille. 9, VIIL
Saint-Léger (A. de) . —Influence du régime de succession sur l'a- griculture. 22, XII.
Saint-René-Taillandier. — La
liberté religieuse et l'œuvre d'A- lexandre Vmet. 51, Vin.
Saint-Simon (duc de).— Into- lérance et tyrannie de Louis XIV. 9, VIIL — Elévation graduelle d'une famille rurale de l^ncienne France. 23, IL — Frivolité de la noblesse de cour. 23, III.
Sainte-Beuve. — Jugement sur M. F. Le Play et sur son œuvre ; Avertissement des éditeurs, p.
XXXI.
Sainte-Clairb-Dbville (Henri). —L'internat dans l'enseignement scolaire. 47, XV.
Salvien (Saint). — Tolérance de VÉglise primitive. 8, XI.
Sapet.— Éloge de la magistra- ture française au xvi® siècle. 6, IV.
Sardou (Victorien).— Le luxe effréné des femmes. 26, XI.
Savardan (le D').— Convictions sur les essais récents de com- munisme. 43, IV.
ScttfiTFLE (le D').— Jugement sur M. F. Le Play et la Réforme sociale; Avertissement des édi- teurs, p. XXV.— Sur l'expression famille- souche. 24, V.
SéNÈQUE. — Sur l'efficacité des exemples; Documents annexés ^
SiÉTÈs.— Exagération surl'im* portance du tiers état. 61, IV;
Digitized by
INDEX DES AUTEURS
LIX
Smoir (Jules). — L'ouvrière.
26, m.
Sociétés communistes (les fon- dateurs de). 43, rv.
SocRATE.— La méthode de ré- fonne : Fiinîtation des peuples modèles et le retour à fa Cou- tume des temps de prospérité.
53, n.
Stedî (baron de). — Premier ministre de Frédéric -Guillau- me III; promoteur de la réforme sociale de la Prusse, après le dé- sastre d'Iéna. 69, IH.
Strabon. — Grandeur morale des pasteurs du Grand - Steppe , 8, Al. — Vertus des Scythes et influence funeste des commer- çants. 51 , XII.
Sully.— La réforme par la ré- duction du nombre des fonction- naires publics. 63, 111.
SURELL (ALEX.)etERN. CÉZANNE.
— La destruction des forêts dans les hautes montagnes. 35, II.
Swedenborg. — Importance scientifique de la métallurgie. 32, IL
Teissibr (0.).— La stabilité dans Tancienne Provence, chez les propriétaires des marais salants. 30, V; 36, VIII.
TmsRRT (ÂuGusTiif).— La faus- seté de rhistoire. 6, II.
Thiers (A.).— Désorganisation sociale de la France après 1830. 8, V; 64, m.
TocQUBViLLB (A. de).— Nécessité de la religion. 12, I.— Puissance de la religion en Amérique. 12, I. — Importance sociale des lois de succession. 17, IV. — Déca- dence morale aux États-Unis. 27, Vm. — Empiétements de l'État sous Tancienne monarchie en dé- cadence. 62, VII; 63, ni.-— Erreur
de régalité providentielle. 62, XII et XIV. — Conséquences fu- nestes de la démocratie, 62, XIV. — Rôle et puissance delà presse. 62, XVI.— Indépendance des com- munes en Amérique. 65, XH. — Restriction de là liberté indivi- duelle par l'Autorité communale. 65, XII.
Troplorg (le président).— Au- torité du testament. 21, IL — La Liberté testamentaire et la liberté civile. 21 , III.
Urquhart (David).— Le respect du droit des gens. 51, IX. — Le droit des gens et les hautes cours nationales pour les cas de guerre. 67, XXII.
Véror-Réville.— Prospérité de l'Alsace en 1789. 6, V.
Villermé. — État physique et moral des ouvriers. 26, XV.
Viollet-lb-Duc— Diffusion de l'art au moyen âge. 6, III.
Vlahgaly.— La prospérité des pasteurs de l'Asie centrale. 64, X. — Le rôle social de la femme chez les Chinois ; Pièce IV, 1. 1*'.
Voltaire. —Défauts et qualités: Esprit d'intolérance devant la critique. 8, XI. — Réaction contre les cnâtiments cruels. 9, VIII. = Opinions t Sur l'art gothique. 6, Ilî.— Sur l'usage de la langue française. 9, VIII. Sur l'amour de l'humanité des Français . 9, VIII.
W
Walker (T. H.). — Le travail de la femme au foyer domestique. 62, XX.
Washington. — Partisan de la Liberté testamentaire. 22 , V.
Digitized by
LX
INDSX DES AUTEURS
XÉNOPHON. — Jugement sévère sur les commerçants. 38, VI. — Rappel des opinions de Socrate sur la méthode de réforme. 53, II.
YouHG (Arthur). — Sur les grandes propriétés en France avant 1789. 20, VIII.— Admira- tion pour les familles-soilches de l'ancienne France. 30, VIIL
Digitized by
INTRODUCTION
LES IDÉES PRECONÇUES
ET LES FAITS
TOUCHANT LA DISTINCTION DU BIEN BT DU MAL
Oe qnl s le pins contribué à rendre les Romaine les maîtres du monde, c'est qu'ayant combattu successlrement contre tons les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs nsaffes sitOt qu'ils en ont trouTé de meilleurs.
(liOXTlSQUXlV, Orandew d€Ê Romaine, ch. i.)
fâroîoa bocule. I — 1
Digifized byCjOOglC
SOMMAIRE
DE l'introduction
INTRODUCTION
LES IDÉES PRÉCONÇUES ET LES FAITS TOUCHANT LA DISTINCTION HU BIEN ET DU MAL
Chapitre 1«^ ^--L'urgence de la réforme est signalée, en France, par Tantagonisme et Tinstabilité qui agitent le c9r.ps social. -. .r . 6
■1. L'éloge iou la critique de la France. — II. La réforme et là d'évoiutiôn, rr III. Les deux fléaux du moment : l'antagonisme et rinstabilité. — IV. Objet de rihtroduction : réfutation des faux dogmes' sociaux".' '
Chapitre 2. — Le mal actuel est surtout dans les dé- sordres moraux qui sévissent malgré le progrès maté- riel 11
I. Progrès inouïs des sciences physiqiies. — IL Progrès matériel, cause habituelle de décadence morale. — III. Difficultés inhérentes à la pratique de la loi morale.
Chapitre 3. — La réforme des mœurs n'est point subor- donnée à l'invention de nouvelles doctrines; car l'esprit d'innovation est aussi stérile dans Tordre moral qu'il est
fécond dans l'ordre matériel .' 17
I. Fausse assimilation entre l'ordre matériel et l'ordre moral. — II. Résultats contraires produits par l'esprit de nouveauté appliqué ux faits matériels ou aux faits moraux. — III. Complication des sciences physiques; simplicité de la loi morale. — IV. Diffusion de
Digitized by
SOMIUIRE DE L'iNTRODUCnœf 3
la vérité moins facile dans la morale que dans la science. —Y. La prospérité devançant la science ^ devancée par la morale. — VI. Ré- sumé : en science,. découvrir des vérités nouvelles; en morale, pratiquer la vérité connue.
Chapitre 4. — Les nations ne sont fatalement vouées ni au progrès ni à la décadence 24
1. Réfutation du progrès fatal. — II. Réfutation de la décadence fatale.— III. Danger des deux faux dogmes de la fatalité.— IV. Les alternances de progrès et de décadence dans l'histoire. — V. La prospérité ou la souffrance liée à la pratique ou à l'oubli de la morale.
Chapitre 5. — Les vices de la race peuvent être réfor- més par la loi et les mœurs 32
I. Exagérations sur Tinfluence de la constitution physique des races. — II. Erreurs sur l'inégalité de l'aptitude morale des races.
— III. Prépondérance de l'ordre moral dans la destinée des races.
Chapitre 6. — Les fausses théories d'histoire nous font prendre le change sur les conditions de la réforme. . 38
I. Mépris de la tradition nationale éclos à la Renaissance , déve- loppé par Louis XIV, complété par la Révolution. — II. Réaction européenne contre les notions d'histoire propagées par la Révolu- tion. — III. Supériorité sociale du moyen âge démontrée par cinq preuves. — IV. l» Les vieux écrits décldffrés par les paléographes.
— V. 2° Les traditions conservées par les races stables. •— VI. 3o Les rapports traditionnels du maître et du serviteur. — VIL 4° Les régimes féodaux qui conservent la paix sociale en Orient. —
VIII. 50 La rareté des faits d'antagonisme social au moyen âge. —
IX. La mission actuelle des historiens consiste surtout à restaurer le respect du passé.
Chapitre 7. — La méthode qui conduit le plus sûrement à la réforme est l'observation des faits sociaux. ... 61
I. La pratique de la méthode remonte à l'origine des premières sociétés.— II. Circonstances qui ont conduit l'auteur à comprendre la nécessité de la méthode. — III. Programme inspiré en 1833 par la méthode, puis appliqué chaque année par des voyages en Eu- rope et en Asie. — IV. Moyens constants d'application fournis par les étrangers qui affluent à Paris et aux Expositions universelles.
Chapitre 8. — Les principes indiqués par l'observation doivent être vérifiés partout où règne une bonne pratique
Digitized by
4 SOMMAIRE DB l'nO'RODUCTION
sociale, notamment auprès des maîtres ayant Taffection de leurs subordonnés 70
I. Nécessité et choix d'un contrôle touchant les faits observés selon la méthode. — II. Choix des contrôles parmi les diverses nations. — III. Choix des contrôles parmi les diverses classes de la société. — IV. Concours divers des collaborateurs. — V. Pre- miers essais de propagande réclamés de toutes parts au milieu des soufl'rances de 1848. — VI. Interruption de la propagande à l'avè- nement du second Empire. — VII. La méthode d'observation plus utile à la réforme que la philosophie fondée sur l'usage de la rai- son pure. — VIII. Les peuples libres et prospères désignés , sauf définition, comme exemples à imiter. — IX. Désignation plus exacte des meilleurs exemples. — X. Les nouveautés de l'Occident citées à tort comme des modèles. ^ XI. Les mots non définis et surtout la contrainte et la liberté employés à tort pour désigner les mo- dèles. — XII. Résumé sur la définition des peuples modèles.
Digitized by
LES IDÉES PRÉCONÇUES
ET LES FAITS
CHAPITRE 1-
L'imOBlICI DB LA RÉPORHB EST SIGNALÉE EM FBAIfCB PAR L*AIfTAC0in8IIB ET l'instabilité QDI AGITCNT LE CORPS SOCIAL.
§ I. L'éloge ou la critique de la France.
On pourrait écrire sur la France deux livres éga- lement vrais qui sembleraient, au premier aperçu, conduire à des conclusions opposées. L'un décrirait les quaiJités par lesquelles notre nation l'emporte sur ses émules; il expliquerait pourquoi, malgré ses erreurs et ses fautes, notre pays a jusqu'à présent conservé en Europe une situation éminente. L'autre, énumérant les vices de notre constitution sociale, ferait comprendre comment ces causes de supério- rité sont paralysées par les révolutions qui ont pris chez nous un caractère périodique.
Il importe de considérer les sujets d'éloges dans les circonstances difficiles où la France a surtout
Digitized by
6 INTRODUCTION
besoin de prendre confiance en elle-même; mais il est plus utile d'insister sur la critique quand re- viennent, comme aujourd'hui*, le calme et la sécu-
r^rité. Le principal devoir des bons citoyens est de signaler les maux dont nous souffrons , et de réagir contre une imprudente quiétude, afin d'arrêter le pays sur la pente où il glisse depuis deux siècles. C'est le but que je me suis proposé en publiant cet
' ouvrage.
§ II. La réforme et la rèyolutlon.
Je dois justifier d'abord le mot réforme placé en tète de ce livre; car ce mot est antipathique à ceux qui , découragés par les théories stériles et les essais infructueux des derniers temps, bornent leurs vœux à la conservation du statu quo. Il répugne égale- ment à cette partie du public qui, ne connaissant point les peuples étrangers, attribue à la France une supériorité imaginaire.
On a souvent employé le mot réforme dans le même sens que le mot révolution, pour désigner un remède violent et temporaire appliqué à un mal accidentel; je l'emploie, au contraire, suivant une de ses acceptions usuelles, pour indiquer une amé- lioration lente et réguhère. L'observation enseigne que la corruption tend incessamment à envahir les sociétés sous l'impulsion de mauvaises tendances qui se reproduisent sans cesse au sein de l'humanité
* Le lecteur n'oubliera pas que ce passage a été écrit en 1864. (Note de 1873.)
Digitized by
CH. i*'^ — URGEIKB M LA RÉFORME 7
(i, II). L'histoire apprend même que ce péril aug>* mente, précisément aux époques où un heureux concours de circonstances amène un développement exceptionnel de richesse et de puissance (31> VI). Il est donc nécessaire qu'à ces fréquents retours vers le mal, les sociétés opposent un esprit ^ permanent d'amélioration.
§ III. Les deux néaux du moment : Tantagonisme et rinstabilitê.
Parmi les désordres sociaux que la réforme doit combattre, et dont on aperçoit tout d'abord le danger sans recourir aux détails présentés d^ns le cours de cet ouvrage, j'en citerai deux qui jusqu'à présent ne s'étaient point réunis en France avec des caractères aussi graves. Ces vices existaient à peine sous les derniers Valois, au moment où éclatèrent nos guerres de religion : ils étaient encore peu ré- pandus au xviie siècle; ils ne prirent tout leur ac- croissement qu'à la suite du règne de Louis XIV. On ne les rencontre plus chez certains peuples, chez les Anglais par exemple , qui , après en avoir cruel- lement souffert autrefois , nous disputent aujourd'hui la prééminence.
Le vice le plus redoutable , parce qu'il est le pré- curseur habituel de la ruine des empires , est l'anta- gonisme qui divise notre société en plusieurs camps ennemis. La lutte dont je parle n'est pas celle qui s'est souvent élevée parmi les grandes individualités et les classes dirigeantes. Elle n'agite pas seulement, comme autrefois, de loin en loin l'Etat ou la pro-
Digitized by
8 INTRODUCTION
vince; elle sévit en permanence dans la commune, dans l'atelier et dans la famille. Beaucoup de per- sonnes qui seraient en situation de se charger du gouvernement local (52, IX) refusent de remplir ce devoir sous .une souveraineté qui n'a pas leur * sympathie. Loin d'inculquer le respect de l'autorité à leurs subordonnés , elles les associent à leurs pas- sions et à leurs rancunes , au risque d'ébranler l'ordre social. Les patrons et les ouvriers attachés aux mêmes entreprises agricoles ou manufacturières, perdent le sentiment de la solidarité qui devrait les unir.: ils croient avoir des intérêts opposés, et ils B'^ranchissent de leurs devoirs mutuels d'affection et d'assistance. Enfin les jeunes générations, rebelles à l'autorité des parents et des vieillards , enfreignent de plus en plus les salutaires prescriptions de la coutume (52, III).
Toutes ces tendances offrent de grands dangers. En se propageant davantage, elles détruiraient l'esprit national, ce précieux héritage que nous devons au génie de nos pères.
Le second vice dont nous souffrons est l'instabilité des hommes et des choses, symptôme encore plus apparent de la maladie des nations. Personne n'ignore les calamités que ce vice déchaîne de loin en loin dans la vie politique; mais on n'aperçoit point assez ceux qu'il introduit chaque jour dans la vie privée , et notamment dans les régimes de la propriété, de la famille et du travail. Cette instabilité est un grave sujet d'inquiétude; car elle s'est développée chez
Digitized by
CH. l*»*. — ^ URGSNGB BS LA RÉFORMB 9
nous pendant les deux derniers siècles, justement à l'époque où, chez les Anglais nos émules, les situations privées et les pouvoirs publics devenaient, à chaque nouvelle génération, plus fermes et plus stables.
Tandis qu'autrefois la France trouvait dans le jeu réguHer de ses institutions le moyen de se relever des plus grands désastres , elle ne réussit point au- jourd'hui, même au milieu de la prospérité, à se garantir des révolutions. La paix publique, qui fut durant tant de siècles à peu près indépendante de la personne du souverain, a dû, depuis 1789, être deux fois rétablie par l'intervention momentanée d'un dictateur.
Les Français ne savent plus ni repousser les abus par la force de la tradition, ni s'y soustraire par d'intelligentes réformes. Dans leur attitude devant l'autorité, ils ne connaissent, pour ainsi dire, plus de milieu entre la soumission passive et la révolte. Ils ont rejeté les anciennes habitudes de respect et d'indépendance, dont s'honorent plus que jamais leurs rivaux, et ils semblent avoir perdu toute initia- tive en détruisant les coutumes et les mœurs que ces derniers conservent avec prédilection. C'est en vain quiils cherchent à fonder sur les ruines du passé un régime qui rallie tous les hommes de bien : chaque constitution nouvelle soulève invariablement les mêmes haines et les mêmes attaques; et tous ces efforts ont abouti à changer violemment, dix* fois
1 Depuis la révolution du 4 septembre 1870 , ce nombre s'élève i onze. (Note de 1873.)
Digitized by
10 INTRODUCTION
depuis trois quarts de siècle , le principe de la con- stitution ou le personnel du gouvernement.
§ IV. Objet de rintroductlon : rélutation des faux dogmes sociaux.
Cet antagonisme et cette instabilité désorganisent sans relâche les existences privées et les pouvoirs publics. A mesure que le mal grandit, les bons ci- toyens comprennent mieux Furgence de la réforme et le besoin de demander au patriotisme la force né- cessaire pour échapper aux préjugés dominants.
Toutefois, avant d'indiquer comment l'observation comparée des peuples européens secondera cette heureuse réaction, il est opportun d'examiner quel- ques idées préconçues qui, présentées comme des axiomes, tendent à décourager ces tentatives de ré- forme, ou à les égarer dans une mauvaise voie. Je ne prétends point les réfuter, dans cette Introduction , par un appel direct à la raison et à la justice (8, VU), avant d'avoir exposé les faits qui font l'objet de cet ouvrage. Je tiens seulement à établir que ces pré- tendus axiomes n'ont pas l'évidence qu'on leur attri- bue , et qu'ils ne sauraient en conséquence autoriser personne à repousser sans examen les résultats de la méthode d'observation.
Digitized by
CB. 2. — NÉcBssrri db RéroRMER les hcburs m
CHAPITRE 2
LE MAL ACTtIBL BST SORTOUT DAH8 LES DÏtSOHDRES MORAUX QUI Sf TtSOnTT MALGRÉ LE PROGRÈS MATÉRIEL.
§ I. Progrès Inouïs des sciences physiques.
Certains esprits se persuadent que les désordres sociaux signalés au chapitre précédent sont compensés par la prospérité matérielle qui apparaît parmi nous avec tant d'éclat. Quelques-uns pensent même que le progrès des sciences et des arts, auquel est due cette prospérité , remédiera non seulement à ces dé- sordres, mais encore aux autres maux qui s'offrent avec non moins d'évidence à nos yeux. Cependant là réflexion conduit bientôt à une conclusion diffé- rente.
Les progrès récents de la science et de l'art donnent naturellement lieu à cette méprise , et ils sont bien propres à dissimuler les périls de notre organisation sociale. Un concours inouï de circonstances. a accu- mulé, pendant les cent dernières années, de mémo- rables découvertes : la machine à vapeur; les ma- chines peignant, filant et tissant les matières textiles; les machines à façonner le bois, le cuir et les métaux; les machines servant à labourer le sol, à récolter et à mettre en œuvre les produits agricoles; l'emploi de la houille en métallurgie ; le bateau à vapeur, le chemin de fer, le télégraphe électrique, la photo- graphie et les nombreuses innovations qui découlent
Digitized by
12 INTRODUCTION
de ces inventions premières. Ces découvertes ont modifié les procédés de l'agriculture, de l'industrie et du commerce. En réduisant dans une proportion inespérée les frais de production, et en augmentant la demande de bras, elles ont singulièrement accru les moyens de bien-être des populations. D'un autre côté , on a acquis une connaissance plus approfondie des faits matériels, et l'on s'est mieux rendu compte des lois générales qui les régissent. Enfin le do- maine des sciences physiques s'est considérablement agrandi , et il a fourni de nouvelles forces à l'esprit humain.
Ces conquêtes, qui soumettent les agents phy- siques à l'empire de l'homme , sont assurément pour lui la source d'une gloire légitime; mais le bienfait en a été balancé par les atteintes portées à Tordre moral. Les nations riches et puissantes de l'Occident se sont distinguées entre toutes par leur participa- tion à cette gloire. Ce sont elles aussi qui ont le plus à souffrir maintenant des maux qui en ré- sultent.
§ II. ProgrèB matériel , cause habituelle de décadence morale.
Les enseignements de l'histoire et l'observation des sociétés contemporaines réfutent la doctrine qui considère le perfectionnement des mœurs comme intimement uni à celui de la science et de l'art. J'aurai même l'occasion de constater, dans le cours de cet ouvrage, que le progrès matériel est habi- tuellement le prélude de la décadence morale. Le
Digitized by
GH. 2. — NÉCESSITÉ DS RÉFORMER LES MCEURS 43
dévdtoppement de Fart et du travail a pour consé- cpience immédiate un accroissement de richesse (31, VI), qui, lui-même, engendre bientôt la cor- ruption , s'il n'a pour contrepoids une pratique plus assidue de la loi morale. L'expérience s'accorde ici avec d'admirables préceptes * pour établir que l'ac- cumulation de* la richesse en des mains indignes et une application trop exclusive aux intérêts matériels sont des causes certaines d'affaiblissement. Je prou- verai aussi que les changements apportés par les progrès de la science et de l'art, dans la situation des personnes et des choses, exercent souvent une réaction hineste sur les rapports sociaux. C'est ainsi, par exemple , qu'en Angleterre , la multiplication des manufactures soumet aujourd'hui les patrons, et surtout les ouvriers, à des calamités qui jusque-là n'avaient pesé sur aucun peuple (49 , III à V).
Enfin l'importance même attachée de notre temps aux découvertes scientifiques et aux applications qu'en tirent les arts usuels a fait perdre de vue les avantages obtenus par la culture des vérités morales, et les catastrophes qui ont invariablement suivi l'ou- bli de ces mêmes vérités. Un peuple grandit moins ^ en perfectionnant la production des objets néces- saires à ses besoins, qu'en s'efforçant de régler ses appétits et de contenir ses passions. Les développe- j ments de l'activité physique sont toujours bornés par l'étendue des territoires, par la force des bras
^ Sur Tindignité des mauvais riches. (Saint Matthieu, xix, 24.)
Digitized by VjOOQIC
14 INTRODUCTION
et par la quantité des matières à ouvrer; tandis que l'essor des facultés de l'âme et le champ des jouis- sances morales sont véritablement sans limites. Les succès des hommes qui, des derniers rangs de la société, s'élèvent jusqu'aux rangs supérieurs, sont dus à l'empire que ces hommes prennent sur eux- mêmes, encore plus qu'à la connaissance des vraies lois de la science et des meilleures méthodes de travail. Les revers de ceux qui traversent la vie en sens inverse résultent moins de l'ignorance de ces lois et de ces méthodes que de l'oubli des principes et de l'invasion des vices émanant de l'oisiveté et de la richesse. Si donc les classes dirigeantes de l'un des peuples placés à la tête des Européens se préoc- cupaient avant tout de donner l'exemple de la vertu (50, VU); si elles inculquaient à chaque citoyen soumis à leur autorité le sentiment de ses devoirs envers Dieu, la famille et la patrie; si seulement elles parvenaient à détruire chez leurs subordonnés l'ivrognerie et les autres vices grossiers, elles auraient plus fait pour la puissance de leur pays que si elles en avaient doublé la richesse par le travail, ou le territoire par la conquête. Elles provoqueraient d'ailleurs ces améHorations en stimulant chez les classes inférieures le goût du travail et de l'épargne, plus sûrement qu'en cherchant à accroître leur bien-être matériel (50, XIII).
Les sciences physiques, qui ont révélé tant de vérités utiles, deviennent moins fortifiantes pour l'esprit à mesure que les sociétés perdent l'amour
Digitized by
CH. 2. — NÉCESSITÉ DB RÉFORMER LES MOEURS 15
du bien; et il s'en faut de beaucoup que leur in- fluence sociale grandisse comme le nombre de ces vérités. Les savants ne peuvent exceller aujourd'hui , dans des connaissances si complexes , qu'en se ren- fermant dans une spécialité restreinte. Il se produit par conséquent dans l'emploi de leurs facultés un phénomène analogue à celui qui résulte, pour les artisans, de l'extrême division du travail manufac- turier. L'homme se rapetisse sous certains rapports, pendant que le savant grandit , surtout si une préoc- cupation soutenue pour la pratique du bien ne met pas son esprit hors des atteintes de l'orgueil. C'est ainsi qu'une application trop absolue aux sciences physiques, loin de guérir les maux provenant du désordre moral , peut quelquefois les aggraver. Les fausses doctrines, qui troublent maintenant la paix sociale, ont été propagées aussi souvent par cette classe de savants que par les lettrés qui recherchent les nouveautés et s'inspirent exclusivement de leur propre raison.
§ III. Difficultés Inhérentes à la praUque de la loi morale.
Assurément, la culture des vérités morales n'est pas exempte de difficultés, et* elle a été la source de fréquents abus. Partout et dans tous les temps, on a dû réunir la pratique de la loi morale à celle des religions. Chez certaines races patriarcales, l'ordre social s'est toujours maintenu sans effort quand les fonctions du magistrat et du prêtre ont été exercées par le père de famille. Il en a été au-
Digitized by
16 INTRODUCTION
trement dans les empires riches et puissants. Ces mêmes fonctions ont dû être attribuées séparément à des corps de gouvernants et de clercs. Or, en ce qui touche le soin des âmes confiées à leurs soins , les clergés ont parfois perdu le dévouement. Oubliant leurs devoirs, ils sont devenus des agents de cor- ruption ou d'antagonisme, et ils ont poussé les so- ciétés à leur ruine. Mais ce genre de désordre ne doit pas être reproché aux seuls membres du clergé : il se retrouve chez les gouvernants qui, plus sou- vent encore , ont amené par leurs vices la décadence des peuples. La propension à Tégoïsme et à la ty- rannie est si prononcée chez les hommes, qu'il y a toujours eu peu d'autorités strictement soumises à leur devoir. L'autorité paternelle, que Dieu a pour- vue, avec une libérahté merveilleuse, d'amour et de dévouement, a elle-même ses défaillances. Celui qui ne tiendra pas compte de ces infirmités orga- niques de la nature humaine sera toujours conduit, en traitant les questions sociales, à des conclusions erronées. En effet, selon mes observations réitérées, ceux qui s'égarent le plus dans ces questions * s'at-
1 Plus je recherche la cause de nos révolutions et des maux qu'elles entraînent, plus je la trouve dans les sophismes qui ont infecté notre nation à la fin du xvnio siècle. Le plus dangereux de ces sophismes a été répandu par J.-J. Rousseau. L'auteur l'a résumé lui-même dans les termes suivants : « Le principe fondamental « de toute morale , sur lequel j'ai raisonné dans tous mes écrits..., « est que l'homme est un être naturellement bon , aimant la jus- « tice et Tordre ; qu'il n'y a point de perversité originelle dans le « cœur humain , et que les premiers mouvements de la nature sont « toujours droits. » (J.-J. Rousseau, Lettre à Christophe de Beau- mont, archevêque de Paris.) — (Note de 1872.)
Digitized by
CH. 3. — «RRBUR son L'BSPRIT d'iNNOVÀTION 17
tachent à l'idée de la perfection originelle, Ils se per- suadent que la valeur morale de l'homme augmente en proportion des conquêtes qu'il fait dans l'ordre matériel et intellectuel. J
Au reste, le maniement des hommes et la pratique de la vie suffisent , chez les esprits droits , pour dis- siper cette erreur sur laquelle j'insisterai plus loin (4-, I); il n'est donc point à craindre qu'elle de- vienne le principal obstacle à la réforme. Une erreur plus dangereuse vient de ceux qui , admettant l'exis- tence du vice originel et la prépondérance de l'ordre moral sur l'ordre matériel, cherchent le progrès, non dans une meilleure pratique, mais dans le re- nouvellement'des doctrines.
\"
CHAPITRE 3
LA RÉFORME DES MOEURS K'eST POIIVT SUBORDONNÉE A l'INVEICTION DE NOUVELLES DOCTRINES; CAR l'eSPRIT d'iHNOYATION EST AUSSI STÉRILE DANS l'ordre moral QU'iL EST FÉCOND DANS L ORDRE MATÉRIEL.
§ I. Fausse asslmilaUon entre Tordre matériel et rordre moral*
Les utiles nouveautés introduites de nos jours dans l'ordre matériel ont conduit des esprits ardents ou inattentifs à penser que de pareils succès pou- vaient être obtenus dans l'ordre moral. A une époque où des lois physiques plus vraies et plus complètes
Digitized by
18 nrraoDUcnoN
remplacent, avec une autorité irrésistible, les lois admises depuis le temps d'Aristote, quelques-uns se croient en mesure d'affiraier qu'une révolution ana- logue doit s'accomplir dans les lois morales.
Cette assimilation est une des erreurs de notre époque; et il est d'abord facile de constater qu'elle . n'est nullement justifiée par les faits.
§ II. Résultais contraires produits par Pesprit de nouveauté appUquô aux faits matériels ou aux faits moraux.
Les travaux qui se rattachent aux sciences phy- siques convergent tous vers certaines vérités nou- velles que le public adopte avec d^érence, et qu'il applique bientôt à ses besoins. Les innovations qui se font jour dans le domaine des sciences morales restent, au contraire, entièrement stériles; et elles sont, après une courte période d'agitation ou de scandale, condamnées à l'oubli.
Tous les peuples civilisés tirent avantage des in- ventions faites dans les sciences physiques; et sous cette influence ils développent le champ de l'intelli- gence, les ressources de l'industrie, le bien-être des populations. Mais, malgré de persévérantes re- cherches, je n'ai pu découvrir en Europe une société qui ait mis en pratique une seule des doctrines nou- velles à l'aide desquelles on prétend réformer les mœurs. Et si les efforts tentés dans cette voie amènent quelque résultat, c'est toujours un affaibUs- sement des forces productives , et une recrudescence ,de l'antagonisme social. Telle a été, par exemple,
Digitized by
CH. 3. — KRRBUR SUR L'ESPRIT D'INNOYATION 19
en France et en Allemagne, la conséquence des nouveautés propagées pendant la période qui a pré- cédé les révolutions de 4848.
§ III. Complication des sciences physiques; simplicité de la loi morale.
On s'explique ces contrastes, quand on considère les différences radicales qui existent entre les sciences physiques et la morale.
Le monde physique comprend une multitude d'élé- ments primordiaux qui se groupent selon des com- binaisons nombreuses. Ces combinaisons se modifient elles-mêmes à Tinfini sous Finfluence des forces vitales; et tous ces phénomènes se produisent dans une étendue à laquelle l'imagination ne peut assi- gner aucune limite. Ainsi les savants voués à l'étude des espèces vivantes de plantes et d'animaux comptent déjà celles-ci par centaines de mille; et chaque jour ils complètent leurs catalogues et leurs classifica- tions. Les physiciens et les chimistes multipUent sans cesse les phénomènes qui font l'objet de leurs études; enfin les astronomes ont devant eux un champ encore plus vaste. On ne saurait donc, dans cet ordre de faits, fixer de bornes ni à l'observation ni aux conséquences utiles qu'on en peut tirer.
Les sciences morales, au contraire, n'ont à vrai dire qu'un seul objet, l'étude de l'âme et de ses rapports avec Dieu et avec l'humanité. Chacun peut donc trouver en lui-même ses moyens d'instruction dans les sentiments qui se développent aux diverses
Digitized by
20 INTRODUCTION
époques de la vie. On comprend qu'un sujet si simple ne comporte qu'un petit nombre de vérités , dont la connaissance a pu être révélée, dès l'ori- gine de l'humanité, à quelques esprits supérieurs. C'est pourquoi les* innombrables penseurs qui , chez toutes les races, ont recommencé l'analyse des vw'tus et des vices, n'ont eu rien à ajouter au Décalogue de Moïse et à la sublime interprétation qu'en a donnée Jésus-Christ.
§ lY. Diffusion de la vérité moins facile dans la morale que dans la science.
On remarque des différences encore plus tranchées dans les circonstances qui , depuis les premiers âges, accompagnent la diffusion des deux ordres de véri- tés. Les peuples se décident difficilement à réagir contre leurs passions et leurs appétits; et ils se re- fusent souvent à pratiquer les vérités morales , alors même que les avantages en sont démontrés par les succès d'autrui. Ils sont enclins, au contraire, à tirer utilité des phénomènes physiques, sans avoir aucune notion des lois scientifiques qui les régissent.
Ainsi, par exemple, l'art de fondre les minerais d'argent n'est au fond que l'application de cer- taines lois fort délicates, qui, découvertes de nos jours par la chimie, restaient jusqu'alors inconnues des savants. Cependant, lorsqu'on observe les scories de la fusion de ces minerais, maintenant obtenus sur les côtes de Murcie, en Espagne, on est tout étonné de constater que ces scories ne témoignent
Digitized by
CH. 3. — ERREUR SUR L'ESPRIT d'INNOVATION 21
pas d'une pratique plus savante cpie celles qui ont été produites dans les mêmes lieux, il y a trente siècles, par les Phéniciens. Dans Tordre matériel, l'homme adopte donc volontiers la pratique utile, alors même qu'elle n'est pas fondée sur une doc- trine; tandis qu'il la repousse souvent dans l'ordre moral, alors même qu'elle repose sur les autorités les plus respectables ou sur les indications de la con- science et de la raison.
Les vérités physiques, une fois acceptées, se con- servent aisément chez les peuples qui ne perdent pas la paix publique. Aucune tendance innée, aucun intérêt ne conseillent d'en abandonner l'usage; et Ton ne comprendrait guère , par exemple , comment une société où règne l'ordre matériel pourrait désormais être privée du télégraphe électrique ou de la photographie. Nous ^entons au contraire en nous-mêmes le germe des mauvais instincts qui nous portent à secouer le joug des lois morales , en étouffant la crainte de Dieu, l'espoir de la vie fu- ture, le respect des parents et l'amour du prochain. Notre propre histoire nous apprend comment ces lois tombent en oubli pendant qu'on recherche avec passion les progrès matériels. N'avons-nous pas vu en effet depuis le xvn« siècle,, l'influence de Louis XIV, du Régent et de Louis XV pervertir de proche en proche les classes dirigeantes, et amener la dissolu- tion sociale dont nous subissons les conséquences?
Plusieurs nations de l'antiquité nous offrent des exemples encore plus concluants. L'oubli des lois
Digitized by
22 INTRODUCTION
morales a provoqué chez elles la destruction d'une . prospérité matérielle dont le souvenir même s'est éteint parmi leurs descendants, tandis que les ves- tiges de cette prospérité , enfouis dans le sol , excitent encore notre admiration.
§ V. La prospérité devançant la science, devancée par la morale.
Ces considérations mettent en relief un dernier contraste qui domine, à vrai dire, toutes les ques- y ^ tions soulevées par la réforme des mœurs. Dans l'ordre matériel, la pratique devance presque tou- jours la doctrine : dans l'ordre moral , au contraire, elle ne la suit qu'à une grande distance, et prend [ même souvent une direction opposée. C'est ainsi que, chez les peuples chrétiens, nous voyons des classes entières tomber dans un état de dégradation (49, V) que les grandes nations de l'antiquité n'ont point connu, et que les peuplades païennes de l'Asie ont évité jusqu'à ce jour. Cette dégradation n'affecte pas seulement la vie morale, elle réagit visiblement sur l'organisation physique de la race. La condition déplorable de cette partie de la population n'est point compensée par le bien-être des classes supé- rieures; et l'on ne voit point que celles-ci aient fait à notre époque quelque pas décisif vers l'état de perfection dont l'Évangile traçait il y a dix -huit siècles le complet modèle. Si la vie intérieure des peuples européens est loin de répondre à la doctrine morale, l'action qu'ils exercent au dehors ne laisse
Digitized by
CH. 3. — ERREUR SUR L'BSFRIT d'iNNOVATION 23
pas moins à désirer. Dans leurs rapports mutuels ils continuent à s'inspirer de plusieurs habitudes de la barbarie; et dans leurs rapports avec les popu- lations païennes des deux mondes, ils ont été ha- bituellement depuis quatre siècles, et ils restent souvent de nos jours des agents de ruine et de cor- ruption (54 , X).
§ VI. Résumé : en science, découvrir des vérités nouveUesi en morale, praUquer la vérité connue.
En résumé , les Européens , pour garder leur pré- éminence, devront poursuivre, par l'observation du monde physique, la découverte des innombrables lois qui restent inconnues; mais ils feront une œuvre plus utile, et ils acquerront une gloire plus durable, en s'attachant à mieux comprendre et à mieux observer les lois morales qui ont été révélées par la bonté divine. Ils s'épuiseraient donc en stériles efforts s'ils continuaient à chercher dans le changement de la doctrine le progrès qui doit surgir d'une meilleure pratique des vérités connues ^
^ C'est dans ce sens qu'il faut interpréter les paroles du Livre saint : « Rien n*est nouveau sous le soleil , et nul ne peut dire : « Voilà une chose nouvelle ; car elle a été déjà dans les siècles qui « nous ont précédés. » {Ecclésiaste, i, 10.)
Digitized by
24 INTRODDCTION
CHAPITRE 4
LES RATIONS NE SONT FATALBHEin VOUIÉES HI AU PROGRÈS NI A LA DÉCADENCB.
§ I. Réfutation du progrès fatal.
J'ai maintenant à combattre deux théories contra- dictoires et également inexactes, qui compromettent la réforme sociale en donnant aux esprits une con- fiance exagérée , ou en les jetant dans le décourage- ment. '^^ Suivant une première opinion, Thomme est natu- rellement porté au bien : il suffit d'abandonner à leur libre arbitre les sociétés humaines pour leur assurer les moyens de perfectionnement. Et comme les faits démentent journellement cette théorie, on cherche à la défendre en attribuant le mal aux gou- vernements, qu'on déclare enclins à corrompre les nations pour les mieux dominer. On tire de là cette conclusion, qu'on peut se jeter avec confiance dans les révolutions qui soustraient périodiquement les classes populaires à l'autorité des classes dirigeantes.
Les deux idées connexes sur lesquelles s'appuie cette première théorie, la perfection originelle des individus et la bienfaisante influence des révolutions, sont réfutées , et par l'observation de la nature hu- maine, et par les événements qui se sont produiUt en Europe depuis deux siècles. Le mal ne s'introduit
Digitized by
CH. 4. — ERREUR SUR LÀ DESTINÉE DES NATIONS 25
pas seulement dans le monde par la corruption de l'autorité; car les peuples qui se préservent le mieux de la contagion sont précisément ceux qui restent le plus attachés à leur gouvernement. Comme je l'expliquerai plus loin (28, IV), le mal provient sur-^ tout de l'inexpérience et des mauvais penchants de la jeunesse. Les peuples qui s'élèvent de nos jours J au premier rang sont aussi ceux chez lesquels l'édu- cation domestique et l'ascendant de la vieillesse sont le mieux fondés sur la loi, les mœurs et la cou- tume.
Assurément l'ordre moral et matériel est compro- mis lorsque les classes dirigeantes, cédant aux vices que la prospérité fait naître, ne restent pas à la hauteur de leur tâche; mais il ne saurait subsister dans une société où les nouvelles générations ne sont point soumises à une sévère discipline. L'état de nature, tant prôné à la fin du siècle dernier, est une idée chimérique dont l'expérience a fait justice. Quant aux révolutions, elles ont été rarement un remède pour les peuples dont les classes dirigeantes s'étaient dégradées et avaient cessé de se dévouer au bien public. Elles n'ont jamais été fécondes qu'à la con- ^ dition d'être suivies d'une longue période de bonnes mœurs et de stabilité gouvernementale. Cette vérité se trouve mise en évidence par les succès que les Anglais obtiennent depuis 4688, et par les dures épreuves que nous subissons depuis 4789.
Digitized by
26 INTRODUCTION
g II. Réfutation de la décadence fatale.
La seconde opinion ne procède plus, comme la première, d'un principe faux; mais elle tire d'un principe vrai de fausses conséquences. Constatant que la tendance au mal est inséparable de la nature hu- maine, elle conclut que les grandes nations qui ont pu se constituer, grâce au concours momentané de certaines influences bienfaisantes, sont, à la longue, condamnées à la décadence et à la destruction , aussi fatalement que les existences individuelles sont vouées à la décrépitude et à la mort.
Cette assimilation se trouve dans la littérature de la plupart des peuples. Selon l'impression commune, il existerait des nations jeunes , ayant devant elles un long avenir, et des nations vieillies, qui, après avoir joué un rôle prépondérant parmi leurs émules, doivent prochainement s'éteindre. Les premières au- raient pour caractères principaux de fermes croyances religieuses, l'ascendant de la vieillesse et des autres autorités naturelles, la tempérance et la simplicité des mœurs, la» force physique et le courage guer- rier, la confiance dans l'avenir, enfin la puissance d'expansion qui fait incessamment déborder la race par la conquête ou la colonisation. Les secondes présenteraient les caractères opposés , et surtout l'indifférence en matière de religion, le mépris de la vieillesse, le relâchement des liens de famille, l'abus du luxe et de la richesse, le sentiment d'une chute prochaine, la stérilité et l'affaiblissement phy-
Digitized by
CH. 4. — ERREUR SUR LA DESTINÉE DES NATIONS 27
sique de la race manifestés par l'impuissance à peu- pler les colonies et à recruter les armées. Une fata- lité que l'homme ne saurait dominer obligerait les nations à disparaître après avoir passé par ces deux âges, de même que Feau d'un fleuve doit couler de la source à l'embouchure pour se perdre enfin dans la mer. On reproduit souvent cette image dans le langage usuel en affirmant qu'aucun peuple « ne saurait remonter le courant de la civihsation ».
Cette théorie semble d'abord plus conforme que la première à l'histoire; mais elle n'est pas moins démentie par le raisonnement et par Texpérience. L'assimilation faite entre les individus et les sociétés ne saurait être adoptée avec son sens littéral; car, dans l'ordre physique, celles-ci ne vieillissent pas et restent dans des conditions parfaites de stabilité. Dans l'ordre moral, au contraire, l'équilibre tend sans cesse à être troublé. La mort, qui moissonne sur- tout l'âge mur et la vieillesse, enlève sans cesse aux sociétés humaines des trésors de sagesse et d'expé- rience; tandis que les naissances, qui comblent ces vides, y infusent constamment l'imprévoyance et la présomption. Cette dernière cause d'affaiblissement agit également sur tous les peuples, au heu que la première pèse surtout sur les plus avancés. Combien de fois ceux de nous qui ont vécu un demi -siècle n'ont- ils pas eu à gémir en voyant s'évanouir, par la mort des hommes de bien , les principales forces vives du pays !
Les sociétés les plus prospères sont évidemment
Digitized by
28 INTRODUCTION
celles qui) sous cette double influence, ont le plus à perdre et le moins à gagner. Cependant cette diffi- culté n'est pas absolue, et elle ne s'accroît pas, pour une nation, avec le nombre des siècles de son his- toire. Les peuples, à mesure qu'ils s'élèvent, sont assurément plus exposés à tomber; mais ils peuvent trouver dans leurs succès mêmes des forces nou- velles pour combattre le danger. Beaucoup de popu- lations sans histoire, ou récemment établies sur un sol vierge, ne peuvent sortir de la barbarie; tandis que de vieilles races européennes réussissent à se maintenir aux premiers rangs. D'autres peuples, comme les Français des derniers Valois, après avoir longtemps décliné, donnent enfin des signes nou- veaux de jeunesse et de virilité. La tradition d'un passé glorieux, loin d'être pour eux une cause de faiblesse, est, au contraire, une cause d'émula- tion.
L'objet spécial de cet ouvrage est de rechercher les ressources qui aident les peuples à maîtriser l'es- prit du mal. Je prouverai que celles-ci se trouvent surtout dans les régimes sociaux où chaque citoyen a le pouvoir de dompter chez ses enfants le vice ori- ginel*, en leur transmettant les habitudes de travail et de vertu créées par les ancêtres*. J'affirme dès à présent que cette tâche n'est pas plus difficile pour
* « La verge et la correction donnent la sagesse ; mais l'enfant « qui est abandonné à sa volonté couvrira sa mère (Je confusion. » (Proverbes, xxrf, 15 ) = * « Ne dédaignez pas les discours des « vieillards ; car ce qu'ils vous disent , ils l'ont appris de leurs « pères. » (Ecclésiastique , vni, 11.)
Digitized by
CH. 4 -— ERREUR SUR LA DESTINÉE DBS NAnONS 29
les vieilles métropoles que pour les colonies qui se forment sous nos yeux.
s III. Danger des deux faux dogmes de la fatalité.
Les théories qui présentent c le progrès ou la dé* cadence i» comme des éventualités dominant la vo- lonté des hommes, sont, à première vue, moins dangereuses que plusieurs autres doctrines accrédi- tées de notre temps; et pourtant on ne saurait trop les redouter. Les maux qui désolent en ce moment la société européenne proviennent, en effet, de deux sortes d'esprits égarés : de ceux qui regardent comme inutile toute digue opposée à l'envahissement fatal de la corruption ; de .ceux qui se livrent au vice sans remords , avec la pensée que « l'œuvre de la civili- sation :» s'accomplit indépendamment des efforts in- dividuels. Il faut combattre ces deux erreurs, qui se réfutent d'ailleurs l'une l'autre par leur simple rap- prochement.
Gomme les autres aberrations de l'esprit humain , ces théories absolues de la décadence et du progrès trouvent une apparence de justification dans l'insta- bilité des nations. En général, celles-ci ne restent point stationnaires : dès qu'elles ne s'adonnent plus au bien, elles font le mal; elles tombent dès qu'elles cessent de monter.
§ rv. Les alternanees de progrès et de décadence dans rhlstolre*
Chaque fois que j'ai tenté d'établir une classifi- cation dans l'histoire d'un peuple, j'ai été amené à
Digitized by
30 . INTRODUCTION
•
> prendre comme subdivisions essentielles les époques ' de réforme ou de corruption. Ces deux grandes al- ternances se manifestent dans l'histoire de toutes les nations qui ont eu une longue durée. Elles sont la vraie cause des avènements de dynasties que Ton prend d'ordinaire pour base des systèmes historiques. C'est ainsi qu'en me plaçant au point de vue in- diqué dans le Livre suivant (9, VI à VIII), j'aper- çois depuis le xvj® siècle, dans l'histoire de notre pays, trois alternances tranchées : la corruption des derniers Valois; la réforme de Henri IV et de son successeur; la corruption de Louis XIV, du Régent et de Louis XV. Cette dernière époque se continue ; car les honnêtes intentions de Louis XVI sont res- tées sans résultat. Depuis 4789 notre histoire n'a été qu'une lutte impuissante de l'esprit de réforme contre la corruption propagée depuis 4664. Cette impossi- bilité de faire prévaloir le bien sur le mal, ou la vé- rité sur l'erreur , est le caractère distinctif de notre temps. Les optimistes eux-mêmes ne sauraient le méconnaître à la vue de dix révolutions qui ne sont qu'une forme de décadence. Le désordre est grand en effet; car tous ceux qui, depuis trente ans, ont vécu dans l'intimité des gouvernants ont pu les en- tendre déclarer qu'on ne saurait entreprendre aucune réforme fondamentale sans blesser l'opinion et sans compromettre ainsi la paix publique.
Or, dès qu'on entre dans l'étude des faits histo- riques, on comprend que ces grands phénomènes de corruption ou de réforme sont le résultat, non
Digitized by
CH. 4. — KRRBUR SUR JLA OBSTINÉE DES NATIONS 31
d'une force aveugle, mais de la prépondérance ac- cordée par les classes dirigeantes au vice ou à la vertu, à Terreur ou à la vérité. Au milieu de ses égarements, l'opinion publique elle-même incline toujours vers cette conclusion. Les peuples ne se ré- signent jamais à voir, dans leur élévation ou dans leur chute, la volonté d'un inexorable destin. Ils dé- couvrent avec un tact sûr les vrais agents du sort qui leur est fait ; leur amour ou leur haine conserve ou trouble la paix publique, renverse ou fonde les dynasties.
La vraie théorie du progrès ou de la décadence me paraît donc être celle qui voit une connexion nécessaire, d'une part entre l'harmonie sociale et les réformes, de l'autre entre les révolutions vio- lentes et la corruption.
I V. La prospérité ou la souffrance liée à la praUque ou à Toubli de la morale.
En résumé, les peuples jouissent de leur libre ar- bitre : ils ne sont fatalement voués ni au bien ni au mal; et l'on ne saurait discerner dans l'histoire d'au- cun d'eux une succession inévitable de jeunesse ou de progrès, de vieillesse ou de décadence. Quel que soit leur passé, ils restent maîtres de leur avenir. Ils peuvent toujours compter sur le succès, même après une longue période d'abaissement , s'ils revien- nent à la pratique des lois morales. Au contraire, leur prospérité prend fin dès qu'ils laissent tomber ces lois en oubli.
Digitized by
32 IHTROTOCTION
CHAPITRE 5
LES TIGES BE LA RACE PEUVEHT ÊTRE HÉF0R1IÉ8 PAR LA LOI ET LES MOBURS.
S I. Exagérations sur rinfluence de la constltutioa physique des races.
Un autre préjugé, fort répandu, contribue égale- ment à décourager l'esprit de réforme : je veux par- ler de celui qui subordonne la destinée des peuples à' l'organisation physique des races. Ce préjugé, comme le précédent, est démenti par l'observation.
L'étude comparée des faits sociaux démontre que les races humaines tirent de diverses habitudes tra- ditionnelles et de certaines conditions spéciales au sol et au climat , quelques inclinations prédominantes vers le bien ou le mal. Mais l'esprit de système a singulièrement exagéré la portée de ces faits.
§ II. Erreurs sur rinégallté de Taptltude morale des races.
La preuve de cette exagération se trouve dans la diversité extrême des penchants et des aptitudes qui se manifestent entre les enfants issus d'un même mariage. On remarque chez les divers membres de toute famille nombreuse, d'un côté les goûts calmes qui font rechercher les jouissances du foyer pater- nel, de l'autre l'ardeur qui pousse aux entreprises lointaines; la douceur qui dispose à obéir, et la fer- meté qui fait désirer le commandement; la modéra^
Digitized by
CH. 5. — ERREUR SUR L'INFLUENCB DE LÀ RACE 33
tion qui rend la vertu facile , et les passions qui con- duisent au vice ou au crime; TinsulTisance d'esprit qui ne trouve le succès que dans les professions usuelles, et les aptitudes éminentes qui permettent de remplir les plus hautes fonctions sociales. Il y a dans la production régulière de ces contrastes, comme dans la génération des sexes, une loi proyidentielle qui aide à maintenir l'harmonie dans la famille et dans la société. Devant cette loi des naissances, com- mune à toutes les races, disparaissent comparative- ment les traits distinctifs qu'on voudrait assigner à chacune d'elles.
Une seconde réfutation de la théorie des races se déduit de l'influence qu'exercent souvent certains événements et certains hommes sur les destinées d'un individu, d'une famille et d'un peuple. Il suffit de modifier, à un moment donné, les idées et les mœurs des chefs de famille, pour changer la voie que prendront leurs enfants. Notre histoire présente beaucoup de variations brusques de cette nature. N'est-il pas évident, par exemple, que la similitude fréquemment signalée entre les Gaulois et les Fran- •çais de notre temps, s'efface devant les transforma- tions survenues dans le caractère national, pendant les courts intervalles qui séparent les époques de la Ligue et de Henri IV, de Descartes et de Voltaire , de Louis XVI et du Directoire?
Depuis le milieu du xvii^ siècle , la science médi- cale a répandu cette erreur en accordant trop d'im- portance à l'organisation physique de l'homme. Mais
Digitized by
34 INTRODUCnON
une direction plus juste tend à être donnée aux es- prits, non seulement par les préceptes de la science, mais encore par la pratique de Tart.
On admet généralement que les opérations chirur- gicales des hôpitaux civils et miUtaires réussissent en Angleterre en proportion plus grande qu'en France. Les discussions soulevées à ce sujet démontrent que ce résultat est dû, non à la supériorité des chirur- giens anglais, mais à la plus grande quiétude d'es- prit de leurs patients. On observe le même fait chez tous les peuples dont les institutions et les croyances garantissent aux mourants le bien-être actuel de ceux qu'ils aiment, et une réunion prochaine dans une meilleure vie. Ainsi les chirurgiens allemands et français établis en Russie et en Sibérie attribuent le succès relatif de leurs opérations à la sérénité main- tenue, malgré l'imminence de la mort ou l'intensité de la douleur , par des croyances fermes et par l'or- ganisation de la famille patriarcale (24, III). En l'absence de telles institutions, un de nos célèbres praticiens se plaisait à préparer la réussite de cer- taines opérations dangereuses en faisant appel à la religion et en promettant aux malades de sauvegar- der l'avenir de leurs femmes et de leurs enfants, dans le cas où l'opération aurait une issue fatale.
Si les forces morales peuvent conjurer l'effet des plus graves lésions de l'organisme humain, à plus forte raison doivent- elles triompher à la longue de la dégradation produite par les passions égoïstes et par les appétits grossiers.
Digitized by
CH. 5. — BRRBUR SUR L*1NFLUENCE DE LA RACE 38
§ III. Préponâérance de l'ordre moral, dans la destinée des races.
Repoussons donc la funeste doctrine qui nous fe- rait accepter l'erreur et le vice comme incamés dans notre race. Comprenons que la grandeur de Thuma- nité consiste précisément en ce que les forces maté- rielles peuvent être subordonnées à des forces mo- rales, dominées elles-mêmes par notre volonté; que chaque peuple peut, en conséquence, trouver en lui-même les ressources nécessaires pour s'élever à la hauteur de ses rivaux. Les phénomènes sociaux qu'on explique habituellement par des causes phy- siques sont dus surtout à des causes morales. « Le progrès ou la décadence » ont leur source dans la pratique ou dans l'oubli des principes, et non dans la race elle-même. Ainsi nous souffrons cruellement aujourd'hui des fautes de nos pères, mais nous de- meurons les arbitres de la destinée de nos enfants. Cette destinée sera grande si nous savons revenir aux bons principes- de nos aïeux et suivre les exemples des nations les plus prospères.
L'histoire des quatre derniers siècles enseigne qu'en France comme en Angleterre les peuples ont été tour à tour rehgieux ou sceptiques, humains ou cruels, persécuteurs ou tolérants, colonisateurs ou séden- taires, libres ou opprimés. Elle réfute donc l'alléga- tion d'une infériorité organique des Français com- parés aux Anglo-Saxons.
Depuis longtemps nos races celtiques, mêlées à
Digitized by
36 INTRODUCTION
celles du Nord et de la Germanie, ont acquis, sous l'influence de leurs traditions fécondées par le chris- tianisme , toutes les vertus qui distinguent les grandes nations. Déjà, au xvii^ siècle, les Français ont été classés au premier rang par Topinion unanime des autres peuples. Arrêtée dans son essor par les sou- verains auxquels elle s'était dévouée sans réserve, la France a su pourtant échapper à l'abaissement où, dans les mêmes circonstances, d'autres races sont tombées. Elle a réagi peu à peu contre la désorgSi- nisation sociale provoquée en 4685 par l'exil des protestants*. Malgré la corruption propagée par trois mauvais princes (9, VIII), et les remèdes dangereux que nos pères ont cherchés dans les révolutions, elle a gardé l'amour de la justice et le patriotisme. Elle s'est relevée après 4845 des revers inouïs qui ont été la conclusion funeste des plus grands succès mi- litaires de l'ère moderne. Ayant brisé un régime dis- crédité par les vices des anciennes classes dirigeantes, elle cherche avec une volonté persévérante un régime nouveau qui ne comporte plus le retour des maux dont elle a tant souffert. Pour atteindre le but qu'elle poursuit en vain depuis 4789, elle se résigne à des calamités, et surtout à une instabilité qui, chez
* Le principal symptôme de la désorganisation sociale au xvnie siècle (9, VUI), le développement du scepticisme, fut certai- nement dû , en premier lieu, à l'expulsion de ces fermes croyants, qui , suivant l'exemple des premiers chrétiens devant la persécu- tion païenne , ne craignirent pas de sacrifier aux convictions relL . gieuses les intérêts temporels ; en second lieu , à la réaction que cette mesure cruelle suscita dans tous les cœurs généreux.
Digitized by
CHr 5. — ERREUR SUR l'INFLUENCE DE LA RACE 37
d'autres nations moins préservées par de glorieux souvenirs, eussent déjà amené une ruine complète. Enfin, malgré la situation critique que lui ont faite les révolutions, malgré les antipathies nationales en- gendrées par les guerres du premier Empire, il suffît à notre race de retrouver le calme et la sécurité, pour reprendre en partie son ancienne prépondé- rance*.
A quelle hauteur la France ne sera-t-elle pas ap- pelée, le jour où elle se soustraira par un généreux effort aux vices et aux erreurs qui entravent depuis longtemps sa marche; lorsqu'au sentiment de la jus- tice et à l'amour de l'humanité, si heureusement conservés au milieu de la corruption de l'ancien ré- gime , elle joindra de nouveau le respect de la Cou- tume qui fut la source de son ancienne grandeur, et qui fait encore le succès de ses rivaux!
* Ce passage a été écrit en 1856. Depuis lors, de nouveaux dé- sastres sont survenus. Us sei'ont encore mieux réparés que ceux de 1815, si la France revient au vrai et au bien plus complète- ment qu'elle ne le fit à cette dernière époque. (Note de 1872.}
RÉFORME SOCIALE, 1 — 2
y Google
Digitized by ^
38 lOTRODUCTION
CHAPITRE 6
LBS FAUSSES THÉORIES D^HISTOIRE lïOUS FONT PREICDRE LB CHANGE SUR LES CORDniOKS DE LA RÉFORME
S I. Mépris de la tradition nationale, êelos à la Renaissance, développé par Louis XIV, complété par la Réyolutlou.
Parmi les causes de Tignorance où nous restons touchant les conditions de la réforme , je dois encore mentionner les fausses théories d'histoire.
Tous ceux qui ont approfondi une branche quel- conque dé la science sociale ont pu reconnaître la fausseté des jugements émis sur cette matière par nos prétendues histoires générales*. Pour ma part, chaque fois que j'ai étudié un sujet avec les vrais moyens d'informations, j'ai trouvé que les appré- ciations de nos historiens classiques sont, sur les questions fondamentales, peu conformes à la vérité. Il n'est besoin, ni de posséder une grande science, ni de se livrer à de longues recherches pour con- stater le vice des théories historiques : il suffit de les rapprocher des textes sur lesquels les compila- teurs ont échafaudé leurs jugements.
Tout écrivain qui a observé ses contemporains a pu sans doute présenter sur les sociétés antérieures de précieux aperçus; mais l'histoire proprement dite, celle qui s'appuie sur les documents positifs des pa-
1 « Les histoires sont des faits faux, composés sur des faits « vrais, ou bien à l'occasion des vrais. » (Montesquieu, Pensées diverses,)
Digitized by
CE. 6. — DANGER DBS FAUSSBS THÉORIES d'HISTOIRE 39
léographes et des archéologues, n'a pris naissance qu'à notre époque. Au milieu de ses grandeurs lit- téraires, le siècle de Louis XIV n'a guère eu Fin- ^ telligence des temps passés. Il dénaturait par ses systèmes historiques l'antiquité et le moyen âge; i il leur prêtait ses sentiments et ses idées, comme il travestissait sur le théâtre leurs personnages en les affublant de ses costumes.
Les partisans de l'école révolutionnaire* ont en- core plus faussé les esprits : ils ont attribué , comme caractère distinctif , aux six siècles précédents , l'an- ' tagonisme social qui ne s'y produisait qu'à titre exceptionnel, et qui ne s'est réellement développé que de notre temps. Ces fausses assertions ont sans
* Les études locales faites sur la France y révèlent Texistence d'une multitude de préjugés inculqués au peuple par les promo- teurs de la Révolution. Le maire d'une commune rurale s'est exprimé en ces termes devant le conseil d'État : « Indépendam- « ment des préjugés sur le commerce des grains , on est tout « étonné de voir conserver dans nos campagnes les opinions les « plus bizarres et les plus erronées sur notre ancien régime so- « cial. On voit encore quelques individus chez nous convaincus « que , avant la révolution de 1789, le pays avait à subir des droits a féodaux dont on ne retrouve cependant aucune trace aussi loin a qu'on remonte dans le passé. » {Enquête sur la boulangerie en 1856, p. 376; déposition de M. A. Dailly, maire d'une commune de Seine -et -Oise.)
Les difficultés qu'on éprouve à découvrir, dans les coutumes locales ou dans les décisions judiciaires , quelques vestiges de dé- pendance personnelle conservés aux derniers siècles de l'ancien régime, témoignent de l'esprit réformateur qui régnait avant la Renaissance. Le trait le plus recommandable de notre histoire est , sans contredit, l'harmonie sociale qui, dès le xi" siècle, fit tomber en désuétude le servage. Je me suis de plus en plus confirmé dans cette opinion, en observant l'Europe, depuis Tannée 1829. Voir les Ouvriers européens, 2® édition ; tome U, chap. 1,2, 3, 4, 5, 6, 7.
Digitized by
40 INTRODUCTION
doute accéléré Tœuvre de destruction que nos con- citoyens se plaisent à glorifier; mais elles pèsent aujourd'hui sur nous en nous abusant sur Torigine du mal actuel et en discréditant le remède que nous offrent les bonnes traditions de nos pères.
§ II. Réaction européenne contre les notions d*histoire propagées par la Révolution.
Heureusement, les écrivains modernes de l'Alle- magne, de l'Angleterre, de la France, de l'Espagne 'et de l'Italie, commencent à réagir contre ces erreurs et ces préjugés. Cette réaction, commencée en France par l'étude comparée des monuments et des autres œuvres d'art, est continuée maintenant par nos his- toriens. Les convictions qu'ils se sont faites en re- courant aux documents originaux s'accordent avec celles que j'ai acquises en observant directement, dans toute l'Europe , les nombreuses familles qui ont conservé les sentiments et les habitudes du moyen âge. Gomme l'un de nos plus habiles historiens*, je
* « Je m'aperçus bientôt que l'histoire me plaisait i)our elle- « même, comme tableau du passé..., et toutes les fois qu'un per- « sonnage ou un événement du moyen âge me présentait un peu « de vie ou de couleur locale , je ressentais une émotion involon- « taire. Cette épreuve souvent répétée ne tarda pas à bouleverser « mes idées en littérature. Insensiblement je quittai les livres « modernes pour les vieux livres , les histoires pour les chroniques , « et je crus entrevoir la vérité étouffée sous les formules de con- « vention et le style pompeux de nos écrivains. Je tâchai d'effacer « de mon esprit tout ce qu'ils m'avaient enseigné, et j'entrai, pour « ainsi dire , en rébellion contre mes maîtres. Plus le renom et « le crédit d'un auteur étaient grands, et plus je m'indignais de « ravoir cru sur parole, et de voir qu'une foule de persomies
Digitized by
CH. 6. — DANGER DBS FAUSSES THÉORIES D'hISTOIRE 41
me suis souvent indigné en voyant une certaine lit- térature contemporaine pervertir l'opinion publique, et afiirmer que notre vieille France ne se composait que d'oppresseurs et d'opprimés. Tout en reconnais-^ ^ sant que le moyen âge était sur beaucoup de points inférieur à notre temps, je m'aperçois de plus en plus que l'harmonie sociale était mieux établie à cette époque, dans la paroisse , dans l'atelier et dans la famille. J
Je sortirais de mon sujet si j'essayais ici de re- dresser par un exposé méthodique les erreurs accré- ditées en France dans l'histoire des rapports sociaux. Une telle entreprise serait d'ailleurs prématurée; car on ne peut écrire sûrement cette histoire pour les siècles passés qu'après avoir accompli la même œuvre pour notre temps. Je ne dois aborder aujourd'hui que l'exécution de ce dernier dessein. Je prévois que cet ouvrage pourrait être condamné sans examen par des esprits prévenus, nourris des préjugés de l'histoire ou imbus des passions de la révolution française. Je tenterai donc de les mettre en garde contre ces préventions invétérées , en leur montrant,
« croyaient et étaient trompées comme moi... J'étais donc fondé à « dire que nos historiens modernes présentaient sous le jour le « plus faux les événements du moyen âge... Il ne faut pas se dis- « simuler que pour ce qui regarde la partie de l'histoire de France « antérieure au xvii« siècle, la conviction publique, si je puis « m'exprimer ainsi, a besoin d'être renouvelée à fond... En France, « personne n'est l'affranchi de personne ; il n'y a point chez nous « de droits de fraîche date , et la génération présente doit tous « les siens au courage de ceux qui l'ont précédée. » (Augustin Thierry, Lettres sur ^Histoire de France, Avertissement.)
Digitized by
42 INTRODUCTION
par un exemple, qu'un peuple excellant dans la culture des arts et des lettres peut perdre momen- tanément, en ce qui concerne Thistoire nationale, le sentiment des vérités les plus évidentes. Cette aberration a envahi presque tout TOccident; mais c'est en France qu'elle s'est produite avec le plus d'exagération et qu'elle a entraîné, pour le peuple égaré, les plus fâcheuses conséquences.
§ III. Supériorité sociale au moyen Age» démontrée par cinq preuves.
Le moyen âge n'a pas été seulement une époque d'organisation sociale, il a créé en outre plusieurs branches originales d'art et d'industrie : il a fondé une école d'architecture qui supporte la comparai- son avec celles des meilleures époques. Assurément ceux qui élevèrent au prix de tant d'efforts ces ma- gnifiques édifices durent se rendre compte de leur valeur et les recommander à l'admiration de leurs descendants. Toutefois, à dater du xvi^ siècle*, ce sentiment s'effaça en présence des aspirations qui reportèrent les esprits vers l'art des Grecs et des Romains; et bientôt il ne se trouva personne pour apprécier les monuments qui couvraient avec profu-
^ « La Renaissance en France ne fut qu'une invasion ; elle s'im- « posait , elle n'était pas acceptée par les artistes ; son résultat le « plus clair fut d'éloigner chaque jour davantage la masse de la « population du domaine des arts. Au contraire , pendant la pé- « riode brillante du moyen âge , Tart pénètre les masses jusque a dans les couches inférieures. » (Viollet-le-Duc, Entretiens sur l'architecture, t. !«'; 1 vol. in-S». Paris, 1863.)
Digitized by
CH. 6. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES D'HISTOIRE 43
sion notre sol. Nos grands hommes du xvii« siècle qui, sur plusieurs points, ont élevé Tesprit humain à une si grande hauteur, avaient complètement perdu, sous ce rapport, Tintelligence de l'art français. Ils ne soupçonnaient même pas qu'il pût y avoir quel- que mérite dans les habitations de leurs pères, et dans les éghses où se pratiquent journellement les devoirs religieux. Le xviiP siècle* et la révolution ont encore contribué à accroître ces fausses im- pressions. Nous ne saurions donc nous montrer trop reconnaissants envers les écrivains, les artistes et les archéologues qui ont enfin ouvert nos yeux à la lumière. En effet, en nous démontrant à l'aide d'objets matériels le talent des artistes, ils ont pré- paré nos esprits à accepter les quatre autres preuves qui mettent en évidence les grandeurs morales de la population '.
Mais si le pubUc, abusé par ces préjugés, peut méconnaître à ce point la valeur d'objets matériels qui restent sous ses yeux, comment pourrait -il
* Des archéologues compétents m'assurent , par exemple, que le portail gothique, qualifié durement par Voltaire dans les termes suivants , était une œuvre fort estimable : « Qui donc peut vous « dire que Berlin est ce qu'était Paris au temps de Hugues Capet? « Je vous prie seulement, ma chère enfant, d'aller voir votre « ancienne paroisse, l'église Saint -Barthélemi, où vous n'avez, « je crois, jamais été. C'était là le palais de ce Hugues. Le portail « subsiste encore dans toute sa barbarie. Venez après cela voir la « salle d'opéra de Berlin. » (Voltaire, Lettre à Af"»® Denis. Berlin, 12 septembre 1750.) = * C'est un devoir de citer ici expressément les savants formés à, notre École des chartes ; ils contribuent ef- ficacement, par leurs consciencieuses recherches, à cette utile évolution des esprits.
Digitized by
44 INTRODUCTION
juger sainement les idées qui se sont évanouies? Quelles erreurs ne doit-il pas commettre lorsqu'il apprécie, sous Finfluence de nos dangereuses nou- veautés et à travers le prisme de nos passions poli- tiques, les mœurs de générations qui, depuis plu- sieurs siècles , sont descendues au tombeau !
Plus j'étudie les faits contemporains ou les traces . du passé, plus je m'assure que nous nous mépre- nons dans les jugements que nous portons chaque jour sur les rapports sociaux qui existaient dans les siècles précédents. S'il en est ainsi, quels désordres moraux et matériels ne doit pas provoquer une théorie d'histoire qui ferme nos yeux à la vérité et nous porte à mépriser les meilleures traditions de notre race !
§ IV. lo Les vieux écrits déchillrés par les paléographes.
Selon l'opinion établie, les classes dirigeantes de l'ancien régime auraient fait peser sur les classes inférieures une oppression intolérable. Dans les cam- pagnes, notamment, les seigneurs auraient abusé de leur pouvoir pour s'approprier tout le fruit du travail et de l'inteUigence de leurs vassaux. La tribune, la presse et le théâtre reproduisent ces assertions sous toutes les formes. Tout récemment encore , des livres spéciaux ont développé cette thèse , en ce qui touche la condition des classes rurales de l'ancienne France. On y insiste sur les désordres auxquels aurait donné lieu « l'esclavage de la glèbe y> ; et l'on va jusqu'à affirmer que les seigneurs féodaux, ayant à diviser
Digitized by VjOOQIC
CH. 6. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES d'HISTOIRE 45
le sol et le personnel de certains domaines, avaient soin, pour faire mesure exacte, de se partager € selon le jugement de Salomon i> le corps de leurs paysans. Abusé par ces écrits,. le public se persuade de plus en plus qu'avant la révolution de 1789 la nation française ne se composait guère que de vic- times et de bourreaux. A ce sujet je citerai quelques faits qui réfutent l'opinion admise, et font apparaître sous un jour plus vrai la condition de nos pères.
Beaucoup de documents conservent la description fidèle des rapports qui ont existé, depuis l'origine du moyen âge jusqu'en 1789, entre les seigneurs et les populations placées sous leur dépendance. Je veux parler des titres qui s'étaient accumulés dans les archives des châteaux ou des abbayes, dans les dépôts confiés aux notaires, dans les greffes des parlements , des tribunaux ou des diverses juri- dictions de pohce. Ceux de ces documents qui ont échappé au vandalisme révolutionnaire sont main- tenant classés dans les collections publiques, et ils y sont déchiffrés avec fruit par les habiles paléo- graphes que forme notre École des chartes. Je n'ai jamais néghgé l'occasion de connaître le sentiment des érudits qui gardent ces trésors de la science so- ciale; et j'ai toujours appris avec étonnement qu'ils n'y trouvent aucune trace de cette oppression per- manente qui, d'après une opinion devenue fort com- mune, aurait été le trait caractéristique de notre ancien régime.
Les travaux que ces savants commencent à publier
Digitized by
46 INTRODUCTION
mettent en relief l'excellence des rapports qui unis- saient les seigneurs, soit aux paysans*, soit aux bourgeois *. Ainsi sont réfutées peu à peu les accu-
* « A part quelques faits isolés , nous avons vainement cherché, « dans la Normandie , les traces de cet antagonisme qui , suivant « des auteurs modernes, régnait entre les différentes classes de « la société du moyen âge. Les rapports des seigneurs avec leurs « hommes n'y sont point entachés de ce caractère de violence et « d'arhitraire avec lequel on se plaît trop souvent à les décrire. , ^ « De bonne heure les paysans sont rendus à la liberté ; dès le ^.^ « xie siècle le servage a disparu de nos campagnes. A partir de « cette époque , il subsiste bien encore quelques redevances et « quelques services personnels ; mais le plus grand nombre est « attaché à la jouissance de la terre. Dans tous les cas , les obli- « gâtions tant réelles que personnelles sont nettement définies « par les chartes et coutumes. Le paysan les acquitte sans répu- V « gnance ; il sait qu'elles sont le prix de la terre qui noumt sa « famille ; il sait aussi qu'il peut compter sur l'aide et la protection « de son seigneur... » (Léopold Delisle, Études sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie, au moyen âge. Évreux, 1851 ; 2 vol. in-S®.)
Les savants qui ont étudié l'ancienne condition des paysans européens , sans se laisser égarer par les passions politiques de notre temps, sont tous arrivés à la même conclusion. Les per- sonnes qui , à cet égard , ont adopté sans examen les préjugés ré- volutionnaires, renonceront à des erreurs invétérées si elles veulent bien prendre la peine de remonter, sous la direction des autorités compétentes, aux sources de la certitude. Je signalerai ici notam- ment les beaux ouvrages de M. Guérard sur l'ancienne France , de M. Maurer sur l'Allemagne, et de M. l'abbé Hanauer sur l'Al- sace. Ces tableaux fidèles du passé nous montrent les paysans jugeant eux-mêmes par la voie du jury leurs affaires civiles et cri- minelles, payant de faibles impôts, établissant sans contrôle les taxes relatives aux dépenses locales , ayant enfin devant leurs sei- gneurs des allures indépendantes qu'aucune classe des sociétés du Continent n'oserait prendre aujourd'hui devant la bureaucratie eu- ropéenne (63, XI). = * On peut consulter, au sujet de cette classe de rapports sociaux, une étude intéressante, publiée récemment sur les institutions communales de Beaumont en Argonne.
La commune de Beaumont a été régie pendant six siècles par la charte que lui donna spontanément, en 1182 , son suzerain Guil-:
Digitized by
CH. 6. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES D'HISTOIRE 47
salions que l'opinion publique a dirigées contre l'ancien régime, tant que Ton a pu craindre le re- tour des abus qui Font discrédité. Il est à désirer
laume de Champagne, archevêque de Reims, que Charles V, roi de France , cessionnaire en 1 379 des droits des archevêques , s'en- gagea à respecter. Aux termes de cette charte, les impôts, d'ailleurs très légers , sont fixés une fois pour toutes ; la liberté individuelle est garantie. Les bourgeois élisent chaque année leurs magistrats municipaux, qui gouvernent la commune, rendent la justice civile et criminelle et donnent Tauthenticité aux contrats. Les décisions touchant les intérêts communs sont prises , sur la place de Féglise paroissiale , par une assemblée composée du maire , des échevins et de quarante des bourgeois les plus éclairés.
Le seigneur intervient à peine dans ce petit gouvernement local. Ses prérogatives se bornent : à nommer un juré qui, de concert avec deux autres désignés par les bourgeois , surveille l'emploi des fonds alloués sur les revenus seigneuriaux pour la défense et Tembellissement de la ville ; à faire grâce dans certains cas spé- cifiés; enfin à recevoir le serment des magistrats nouvellement élus. Quant à ses obligations, elles consistent à défendre la com- mune contre les ennemis du dehors, sans imposer les habitants ni les requérir pour le service militaire pendant plus de vingt- quatre heures.
Les bourgeois ont, sur toute la partie du territoire non comprise dans la réserve du seigneur, la jouissance libre et gratuite des prodiûts spontanés du sol, des forêts et des eaux, à la seule con- dition de se conformer à certaines règles d'ordre public. La pêche du poisson , l'abatage du bois et la cueillette des fruits sauvages fournissent aux familles, surtout aux moins aisées, des subventions précieuses pour la nourriture , ainsi que pour la construction, l'a- meublement , l'éclairage et le chauffage des habitations.
Tel était le degré de liberté et de bien-être dont jouissaient les bourgeois de Beaumont, qu'ils se montrèrent constamment attachés à leur organisation municipale. Aux états de Vermandois réunis en 1556 pour la rédaction des coutumes de la province, ils décla- rèrent fermement vouloir s'en tenir aux franchises contenues dans leur charte ; et, au xvui« siècle, ils résistèrent avec une énergie digne d'un meilleur succès aux empiétements par lesquels la royauté inculqua à la France le mépris des coutumes , puis l'esprit de révolution (63, 111).
Il ne faudrait pas d'ailleurs objecter que la constitution dont je
Digitized by
48 INTRODUCTION
toutefois que la rectification des faits ne dégénère point en réaction, et qu'on ne loue pas outre me- sure les sentiments qui portaient, en général, les seigneurs à assurer le bien-être de leurs vassaux*.
viens d'esquisser les principaux traits n'aurait eu , au moyen âge, qu'un caractère exceptionnel. Les autres constitutions urbaines s'appuyaient, en général , sur les mêmes principes. La loi de Beau- mont elle-même fut octroyée par les seigneurs suzerains à un grand nombre de villes du nord- est de la France ; et il paraît qu'an iviie siècle elle régissait encore plus de 500 communes. ( Voir la Loy de Beaumont, coup d*œil sur les libertés et tes institutions du moyen âge, par M. Tabbé Defourny.)
Parmi les ouvrages qui reproduisent le mieux les institutions du moyen âge et qui démontrent que les communes urbaines avaient à cette époque une indépendance que celles de notre temps pourraient envier, je signale à ceux qui désirent s'instruire en ces matières V Histoire de la commune de Montpellier ^ par M. Germain.
Je citerai encore une excellente monographie dans laquelle M. L. Charles décrit les admirables institutions dont jouissaient, au moyen âge, les bourgeois de la Ferté- Bernard (Sarthe). Cette description nous montre une très petite ville tenant à honneur de fonder, avec ses seules ressources , une magnifique église , des établissements d'instruction et d'autres œuvres que des villes de même rang n'auraient plus même la pensée d'établir aujourd'hui. M. Charles nous apprend en même temps que les libertés , source de cette initiative, prirent fin sous le gouvernement tyrannique de Louis XIV. Comme M. Aug. Thierry, qui Ta guidé dans ses travaux, M. Charles déclare que, en ce qui concerne Thistoire nationale , il faut renouveler à fond l'opinion publique. « Pendant « longtemps, dit- il, on n'a dévoilé que des infirmités dans notre « vieille histoire ; il est temps d'y rechercher les faits qui l'ho- « norent. » {De l'Administration d'une ancienne communauté d'habitants du Maine, Le Mans, 1862; 1 br. in- 8°.)
1 L'auteur du premier ouvrage cité à la note précédente » comparant les contrats du moyen âge à ceux qu'on fait de nos jours pour le défrichement des forêts dans la localité qu'il a étu- diée, constate que le prélèvement des ouvriers sur les produits du travail est d'autant plus grand que la date du contrat est plus reculée ; il en conclut que les seigneurs étaient animés , au moyen
Digitized by
CH. 6. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES D'HISTOIRE 49
Les légistes français, qui ont tant contribué à la dissolution de l'ancienne société, et qui prennent pour thèse habituelle l'éloge du régime nouveau, commencent à s'apercevoir de leurs erreurs. En étu- diant le passé ils découvrent, dans la vie de leurs ancêtres, des exemples de vertu qui deviennent rares de notre temps. Ainsi, dernièrement, un ho- norable magistrat*, en présentant dans une solen- nité l'histoire d'une grande famille de robe, rappelait que le xvi° siècle a été l'âge héroïque de la magis- trature française. Enfin un savant qui s'est spécia- lement dévoué à l'histoire de la Provence* a mis en complète lumière la décadence qui s'est pro- duite, depuis le xvi^ siècle, dans les mœurs de la famille.
Âgé; de sentiments généreux qui ne se retrouvent plus maintenant chez les propriétaires du sol Tout ce que j'ai observé sur les dé- frichements accomplis maintenant en Orient et en Asie , dans des conditijons semblables à celles qui régnaient au moyen âge en Oc- cident , me donne lieu de penser que cette conclusion est inexacte. La part large qui revient aux ouvriers orientaux ou asiatiques est due à la rareté de la population, qu'il faut attirer à tout prix, et à l'abondance d'une multitude de produits qu'on ne saurait employer qu'en les attribuant aux ouvriers à titre de subvention. Il y a lieu de penser qu'à toute époque les propriétaires se sont appliqués à tirer du sol le plus grand revenu , en respectant à la fois les lois économiques et les convenances morales qui conseillent de garan- tir aux populations les moyens de subsistance. Tout propriétaire résidant au milieu des populations attachées à son domaine s'ins- pire encore des mêmes principes. Voir les Ouvriers européens , 28 édition : notamment tome II , chap. 6 ; t. III, cl et 3 ; t. IV, c. 7; t. V, c. 6.
* Discours de feu M. Sapey, avocat général à la Cour impériale de Paris. (Moniteur du 6 novembre 1860, p. 1313.) = * M. G. de Ribbe a décrit, dans les trois ouvrages suivants, les excellentes
Digitized by
50 INTRODUCTION
§ V. 2o Les traditions conservées par les races stables.
Les monuments et les parchemins ne fournissent pas le seul moyen de revenir à Tintelligence du temps passé : les hommes et le sol ont gardé plus qu'on ne le pense l'empreinte fidèle des siècles. Les paysans basques, par exemple, occupent encore avec leurs familles les domaines sur lesquels leurs ancêtres étaient déjà établis avant l'ère chrétienne. Ils ont conservé le même langage, les mêmes occupations, les mêmes mœurs. Leur régime de succession est toujours celui qu'un auteur latin signalait dans ce pays il y a vingt siècles. Des vieillards de cette race, qui ont reçu de leurs pères la tradition de l'ancienne France, déclarent que leur situation n'a pas été améUorée par nos révolutions politiques*. L'étude des coutumes basques révèle en effet une excel- lente constitution sociale, bien supérieure à plu- sieurs de celles qui se créent depuis le règne de Louis XIV.
L'étude du métayage actuel apporte également des données précises sur les anciens rapports des
aaœurs de l'ancienne Provence : r Ancien barreau du Parlement de Provence, Marseille, 1861, 1 vol. in-S»; une Famille au ivi» siècle, Paris, 1867, 1 vol. in-iS; les Familles et la société en France avant la révolution, Paris, 1873, 1 vol. in-18. (Note de 1873.)
* J'ai recueilli cette opinion chez les paysans à famille -souche du Lavedan. {Ouvriers des deux Mondes, V^ série, t. 1er, p. 150.) — M. Véron- Reville, conseiller à la Cour impériale de Cohnar, est arrivé, dans un ouvrage récent, à la même conclusion; il constate « que l'Alsace, en 1789, n'avait aucune raison pour désirer une révolution ».
Digitized by
GH. 5. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES d'HISTOIRE 51
propriétaires et des tenanciers (34, XIX). Ce sys- tème d'association, qui reste habituel dans nos pro- vinces centrales et méridionales , était au xv® siècle , dans presque toute la France, la base de l'organi- sation rurale. Or les anciens baux, qui sont encore la règle d'une multitude de domaines, attestent que les relations du maître et du colon n'ont subi depuis quatre siècles aucun changement. D'un autre côté, ce genre de contrat, fondé sur le partage des pro- duits, identifie tellement les deux intérêts, qu'il exclut tout danger d'oppression. Les inconvénients qui , dans le métayage comme dans tous les rapports sociaux , résultent de l'imperfection humaine, pèsent même sur le propriétaire plus que sur son associé. La situation de nos métayers du Centre et du Midi était autrefois, et est encore aujourd'hui, plus heu- reuse et plus digne que celle des ouvriers ruraux attachés aux fermes de l'Est, de l'Ouest et du Nord. Assurément des améhorations ont été introduites, depuis le moyen âge, dans la condition des petits propriétaires et des tenanciers; mais elles ont été contre -balancées par des inconvénients jusqu'alors inconnus. Le mal dont nous souffrons depuis deux siècles , et surtout depuis la Révolution , provient en grande partie de ce que les préjugés des populations et les passions des classes dirigeantes ne nous per- mettent pas, dans cette question, d'envisager les faits à leur vrai point de vue.
Digitized by
52 INTRODUCTION
§ YI. 3o Les rapports traditionnels du maître et du serviteur.
Une autre considération m'a particulièrement frappé dans le cours des recherches que j'ai faites sur les mœurs de mes concitoyens. Si la Révolution avait réellement soustrait les classes inférieures à la prétendue tyrannie de l'ancien régime, on devrait constater que Taffection réciproque des maîtres et des serviteurs se substitue peu à peu à de vieux sentiments d'antagonisme. Or les moins clairvoyants ne sauraient s'y méprendre ; c'est dans le sens op- posé que le changement s'est produit. Les écrivains qui ont acquis une juste célébrité en décrivant les mœurs des six derniers siècles, mentionnent de tou- chants exemples de la soHdarité qui existait alors entre le propriétaire et le tenancier, entre le patron et l'ouvrier, et surtout entre le maître et le servi- teur attaché à la famille. L'hostilité réciproque des deux classes est devenue, au contraire, un trait distinctif des mœurs modernes de la France. Les vieillards de notre temps ont tous vu pendant leur jeunesse, dans beaucoup de familles, des serviteurs identifiés avec les idées et les intérêts de leurs maîtres. Il ne reste plus que des vestiges de cet état de choses; et , s'il ne se produit pas une réaction salutaire contre le mouvement qui nous entraîne, je doute que la génération qui nous suit voie un seul exemple de cette antique solidarité.
Je ne veux pas dire que l'antagonisme social soit un fait nouveau, spécial à notre temps : je recon-
Digitized by
CH. 6. — DANGER DBS FAUSSES THÉORIES D'HISTOIRE S3
nais même que les discordes civiles avaient autrefois un caractère de violence qu'elles n'oiTrent guère au- jourd'hui. Mais il y a entre les deux époques cette différence essentielle que, sous l'ancien régime, chaque patron allait au combat soutenu par ses clients, ses ouvriers ou ses domestiques; tandis que, désormais, il les rencontrerait armés devant lui. Autrefois, après la lutte, on trouvait, dans l'atelier et dans la maison, la paix et un repos réparateur. Aujourd'hui, la lutte règne dans la maison comme dans l'ateUer; elle continue d'une manière sourde, lorsqu'elle n'éclate pas ouvertement; elle mine sans relâche la société en altérant les conditions premières du bonheur domestique. Les écrivains qui s'inspirent des passions révolutionnaires et qui propagent tant de doctrines subversives pourraient trouver, à leur foyer même, la réfiitation de leurs systèmes favoris : ils n'auraient qu'à observer dans leurs effets les sentiments haineux et l'esprit de rébellion de leurs serviteurs. Ces épreuves qui désolent maintenant toutes les familles, riches ou pauvres, sont l'un des sévères enseignements qui nous ramèneront, en ma- tière de science sociale, au sentiment du vrai.
§ VII. 4o Les régimes féodaux qui conservent la paix sociale en Orient.
L'étude de l'Europe a contribué plus encore que celle de la France à dissiper chez moi les préjugés cpii régnent dans le milieu où j'ai vécu. Elle m'a
Digitized by
54 INTRODDCTION
présenté sous leur vrai jour les rapports sociaux que les révolutions ont détruits sur notre sol.
L'ancien régime européen , même avec ses formes féodales , existe encore * dans TEurope orientale , en Russie, en Pologne, en Turquie, en Hongrie, dans les principautés du Danube et dans les provinces slaves contiguës aux États allemands. Or chacun pourra constater, comme je l'ai fait moi-même, que, malgré les influences perturbatrices qui de l'Occident gagnent peu à peu l'Orient, la solidarité des classes extrêmes de la société est encore le trait caractéristique de ces contrées; tandis que l'anta- gonisme de ces mêmes classes se répand de plus en plus parmi les peuples qui adoptent nos idées. Je mentionne ce fait sans avancer une doctrine abso- lue. Assurément je ne prétends point soutenir que les sociétés de l'Orient l'emportent en toutes choses sur celles de l'Occident, et notamment sur celles qui, en renonçant au régime du privilège, restent exemptes des deux vices dont nous souffrons (4 , III). Je veux seulement faire pressentir, en attendant une démon- stration plus complète, combien nous nous égarons en prenant pour guide une fausse notion d'histoire, et combien notre essor se trouve entravé par des maux que nos pères n'ont point connus.
* Les réformes faites depuis que ces lignes ont été écrites (1854) dans plusieurs de ces contrées n'y ont guère modifié, jusqu'à ce jour, les mœurs que j'ai pu observer.
Digitized by
GH. 6. — DANGER DES FAUSSES THÉORIES d'HISTOIRE 55 § VIII. 60 La rareté des ffaltg d'antagonisme social au moyen âge.
Ces erreurs historiques reposent sur certains faits exceptionnels, présentés à tort comme normaux et réguliers. Il n'y a point de paradoxe qui ne puisse être établi sur de tels fondements. Si une école quel- conque trouvait intérêt à discréditer l'amour mater- nel, elle pourrait produire, à l'appui de sa doctrine, une longue énumération des cruautés exercées sur leurs jeunes enfants par des mères dénaturées. C'est ainsi qu'on a souvent cité les désordres de la Jac- querie, ceux de l'Auvergne au xvii« siècle, et plu- sieurs autres agitations populaires, comme témoi- gnages d'un ancien état d'hostilité. Ces désordres n'ont eu qu'un caractère local et accidentel. Ils sont peu nombreux, et ne suffisent pas pour démontrer l'existence d'un état général de lutte entre les sei- gneurs et leurs vassaux. En jugeant ces événements, il faut tenir compte, d'ailleurs, des perfides ma- nœuvres de la royauté , qui , au lieu de réformer le régime féodal, l'a détruit avec le concours des légistes* (63, II et III). Les massacres qui ont eu lieu en 4846 dans une province slave, soumise à
1 Sauf d'honorables exceptions , les légistes ont toujours exercé en France une influence funeste. En aucun temps ils n'ont mieux compris leur devoir que les nobles ne l'ont fait depuis le règne de Louis XIV. Ils ont secondé les envahissements et souvent les in- novations injustifiables de nos rois , au lieu de s'identifier avec les intérêts de la nation. U n'y a donc pas lieu de s'étonner que toutes nos constitutions modernes aient refusé à ces deux classes la haute situation qui leur est acquise en Angleterre en récompense d'une conduite opposée.
Digitized by
56 INTRODUCTION
la domination autrichienne, ont suffisamment montré à la génération actuelle les effets d'un tel abus d'au- torité.
Je n'admets pas non plus qu'on puisse condamner les anciens rapports sociaux en se reportant aux jac- queries modernes qui nous sont mieux connues, et par exemple aux pillages de châteaux qui ont eu lieu de 4789 à 4793 dans plusieurs de nos districts ruraux. Ces violences, en effet, ne se sont guère étendues au delà des localités où les relations nor- males de propriétaire à tenancier avaient été rom- pues , depuis plus d'un siècle , par l'absentéisme de la noblesse.de cour. On n'en a point ressenti le contre -coup en Bretagne, en Anjou, en Vendée et dans les provinces montagneuses du Centre et du Midi, où les propriétaires continuaient à résider au milieu de leurs tenanciers. On compte encore par centaines les vieilles familles qui n'ont jamais quitté les terres de leurs aïeux, et qui ont été protégées par la population locale contre les entreprises des comités révolutionnaires organisés dans les villes du voisinage.
La révolution de 4789 n'a pris que par exception le caractère d'une guerre sociale. Elle a été, comme beaucoup d'agitations de l'ancienne France , une lutte en partie justifiée par la corruption des classes dirigeantes (9, VIII). Ceux qui voient dans cet évé- nement une revanche contre une prétendue tyrannie des deux classes privilégiées , ceux surtout qui con- sidèrent comme un mouvement national les pillages
Digitized by
GH. 6. — DANGER DES FAUSSES THEORIES D'HISTOIRE 57
et les spoliations* de cette époque, seraient cer- tainement ramenés à des opinions plus justes, s'ils observaient attentivement les passions et les appétits qui se développent aujourd'hui dans les bas-fonds de la société. Les agressions commises en décembre 1851 nous révèlent assez les scènes de violence qui se produiraient si , ce qu'à Dieu ne plaise , les enne- mis de la propriété arrivaient au pouvoir et s'y maintenaient par une seconde Terreur. Les théori- ciens de cette nouvelle révolution , adoptant les mo- tifs donnés pour la première, ne seraient -ils pas fondés à signaler ces attentats comme un témoi- gnage de l'oppression qui aurait été exercée , de notre temps, par les propriétaires sur la partie pauvre de la nation'? Je n'aperçois plus chez nous aucune école poli-
* Les destructions de propriété ont souvent été opérées, à cette époque , par les agents de la force publique , malgré ia résistance des populations. C'est ce qui arriva , par exemple , lors de la dis- persion violente des sépultures royales de Saint -Denis. Les quatre agents chargés de cette expédition, ayant été une première fois inquiétés par l'attitude des habitants , réclamèrent du Comité de salut public la force nécessaire pour opérer à huis clos. Les pa- piers de Tun de ces agents, qui fut l'un de mes prédécesseurs dans la chaire de métallurgie à l'École des mines de Paris , contiennent à ce sujet de curieux détails. Je trouve dans un rapport signé, adressé au Comité de salut public , le passage suivant , où je con- serve Torthographe de Foriginal : « Le citoyen Mégnié demande « une autorisation du Comité de salut public pour retourner lundi « achever cette mission , et afin qu'il puisse obliger de faire fermer « Féglise, pendant cette expédition, pour empêcher les curieux « fanatiques d'augmenter par leur halaine impure le poison qui « s'exhale de ces vils cadavres («fc). » = s Cette prévision (de 1856) a été justifiée par les événements accomplis à Paris du 18 mars au 31 mai 1871. (Note de 1872.)
Digitized by
58 INTRODUCTION
tique disposée à conclure de ces réflexions que le régime de privilège, détruit en 4789, doive être préféré au régime de droit commun qu'acceptent maintenant toutes les nations libres et prospères. En me référant aux faits exposés dans les sept Livres suivants, je crois même être en mesure d'é- ] tablir que ' la solution des problèmes sociaux se trouvera, non dans les institutions qui maintiennent systématiquement Finégalité entre les hommes , mais bien dans les sentiments et les intérêts qui créent entre toutes les classes Tharmonie encore plus que régalité. Toutefois, avant de commencer cette dé- monstration , j'ai dû protester contre la croyance à un état ancien d'antagonisme . J'ai dû indiquer, en outre , comment on peut s'assurer que nos pères n'étaient ni des opprimés ni des oppresseurs ; qu'ils formaient une nationalité digne de respect; et qu'enfin l'étude de leurs actes de patriotisme nous serait plus profitable que la discussion des dangereuses utopies de notre temps.
§ IX. La mission actuelle des historiens consiste surtout à restaurer le respect du passé.
Nos révolutions successives, en compensation de beaucoup de maux , ont fait justice de certains abus reprochés bruyamment à l'ancien régime; et l'on peut désormais rappeler les vertus du passé sans crainte de provoquer des réactions injustes. Ce n'est donc pas seulement dans l'intérêt de l'art qu'il faut
Digitized by
CH. 6. — DANGER DBS FAUSSES THÉORIES D*H1ST0IRE 59
recommander, avec plusieurs écrivains éminents \ le respect de l'ancienne France : c'est aussi au nom des grands exemples d'harmonie sociale que la science nous y fait découvrir. L'historien ou le ro- mancier qui se placerait pour la première fois à ce point de vue, en s'appuyant sur l'étude des faits et des mœurs, nous transporterait, pour ainsi dire, en pays inconnu. Il remettrait en honneur les saines pratiques de nos aïeux. 11 nous habituerait à cher- cher dans l'expérience de notre race les éléments du nouveau régime que nous voulons fonder, et il aurait ainsi sur la réforme sociale une bienfaisante influence.
Il est temps de dissiper l'erreur qui porte chez nous tant d'écrivains à glorifier tous les actes et toutes les tendances de la Révolution française, en vue de relever dans le monde l'ascendant de notre nation. C'est en vain qu'on voudrait atteindre ce but en altérant l'histoire, et en affirmant que l'opi- nion européenne admire ce qu'au contraire elle con- damne sévèrement. Nos rivaux ne ratifient point les louanges que nous nous décernons nous-mêmes; ils blâment avec vivacité, souvent même avec une in- sistance maligne ou hostile, les attentats et l'igno- rance de notre école révolutionnaire.
* « Je voudrais qu'on apprît à nos enfants cette vieille langue , « dédaignée des grammairiens , qui n'y ont jamais rien entendu. « Nos voisins d'outre-Rhin ont introduit dans leurs écoles l'étude « du vieil allemand; ils s'en trouvent bien. La jeunesse apprend « tout ensemLle à aimer le langage et à respecter les idées de ses « aïeux. » (Ed. Laboulaye, Journal des Débats^ 1-2 sept. 1862.)
Digitized by
60 INTRODUCTION
Au milieu de nos erreurs, nous n'ayons qu'un argument à opposer à ces critiques : c'est que la Révolution a écarté certains désordres qui souillèrent les régimes sociaux de Louis XIV, du Régent et de Louis XV. Malheureusement, pour y parvenir, elle a fait appel à la passion plus qu'à la vertu : elle a calomnié les hommes et les choses du passé, pour déterminer les contemporains à supporter ses propres crimes. Aujourd'hui les désordres de la royauté ont disparu, mais nous conservons les préjugés répan- dus par la Révolution. Dégagés de toute crainte au sujet du passé, nous devons revenir à la vérité par l'étude impartiale des faits. Nous demanderons aux meilleures pratiques de nos pères les vrais moyens de réforme. Nous retrouverons en même temps dans cette voie, plus sûrement que dans la propagation des paradoxes révolutionnaires , la prépondérance morale que l'Europe nous accordait au xvii^ siècle. Ceux qui prétendent encore glorifier la révolution de 4789 devraient d'abord déclarer qu'ils la tiennent pour terminée.
Digitized by
CH. 7. — OBSERVATION DES FAITS SOOAUX 61
CHAPITRE 7
LA MÉTHODE QUI CONDUIT LE PLUS SUREMENT A LA RÉFORME EST l'observation des FAITS SOCIAUX
§ I. La pratique de la méthode remonte à l'origine des premières sociétés.
Pour réunir les matériaux de cet ouvrage, j'ai observé personnellement, depuis Tannée 4829, dans leurs détails et dans leur pratique, les institutions des peuples de TEurope* et des régions contiguës de TAsie. Les faits ainsi recueillis m'ont permis de re- monter, par déduction, aux principes fondamen- taux de la vie sociale et aux applications qu'il con- vient d'en faire aujourd'hui. Je n'ai tenu d'ailleurs pour avérés ces faits et ces principes qu'après les avoir contrôlés par des observations nombreuses, et par le jugement de certaines autorités sociales (8, 1).
Je ne crois pas nécessaire d'appuyer sur une dis- sertation le principe de cette méthode, c'est-à-dire de démontrer que , dans le gouvernement des hommes comme dans l'étude du monde physique, on arrive au vrai par l'emploi simultané de l'observation et du raisonnement. Cette démonstration pourrait faire l'objet d'une thèse littéraire; mais elle serait dé- placée dans un ouvrage tendant à une conclusion pratique. A l'époque où je m'adonnais surtout aux sciences physiques, j'ai souvent constaté la stérilité de ceux qui se flattaient de les servir en dissertant
2*
Digitized by